Les Maux Bleus, un podcast sur la santé mentale

Le souffle court | Phobie sociale, dépression

Guillaume

Saison 2 | Episode 1
Phobie sociale, dépression

Touchant un peu moins de 10% de la population, l’anxiété sociale peut être un enfer. Se sentir observé de toute part, avoir l’impression d’être jugé en permanence, avoir honte de choses que les autres n’ont très probablement pas remarquées et surtout qui n’ont rien de honteuses. Ses manifestations sont diverses et envahissantes.

L’être humain est un animal social. Le contact avec l’autre est un besoin ancré au plus profond de nous. Or, quand des tourments rendent ce besoin impossible à satisfaire, cela ne peut être sans conséquence. Les palpitations, maux de ventre, tremblements, rougissements conduisent petit à petit à éviter toute situation sociale, au risque d’un isolement, d’une perte d’emploi, d’une dépression et au final d’un handicap majeur.

L’automédication par l’alcool ou les autres drogues peuvent parfois être utilisées pour lutter contre ces symptômes ; mais ces consommations amènent avec elles d’autres problèmes. Des traitements efficaces existent et il est possible d’aller mieux.

Pour en parler, nous recevons aujourd’hui Guillaume, un jeune homme qui a déclaré une anxiété sociale suite à une agression violente. La dépression n’a pas tardé à lui emboiter le pas. Il a réussi à faire de ses vulnérabilités une force qui le motive au quotidien à faire ce qu’il aime : parler de musique sur sa chaine YouTube, où il est connu sous le nom de Popslay.

Si vous ressentez un malaise important et que vous ne savez pas comment en sortir, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé, ou à appeler le 3114 si vous pensez à vous faire du mal. En cas d’urgence, composez le 15. Aussi, si vous ne vous sentez pas bien aujourd’hui, nous vous invitons à reporter votre écoute à plus tard, ou à être accompagné dans ce moment.

Merci de votre fidélité.

Bonne écoute.

En cas d’urgence :

  • SAMU : 15

Si vous avez besoin de parler :

  • SOS Dépression : 08 92 70 12 38
  • SOS Suicide Phénix : 01 40 44 46 45
  • Suicide écoute : 01 45 39 40 00
  • SOS Amitiés : 0 972 394 050
  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236

Si vous (ou un de vos proches) ressentez un mal-être durable :

Pour les étudiant-e-s :

Mickael : Bonjour Guillaume.

Guillaume : Bonjour Mickael.

Mickael : Merci d’avoir accepté mon invitation à participer à cette émission. Donc aujourd’hui on va parler de phobie sociale et de dépression. Est-ce que tu peux nous dire avec tes propres mots pour commencer ce que c (« est la dépression ?

Guillaume : La dépression c’est assez vague, en fait, je pense que chacun le vit à sa manière. C’est drôle que tu dises « avec tes propres mots » parce que je pense qu’on a tous une définition différente. En tout cas, moi comment je la vis aujourd’hui, je la vis, je l’appréhende d’une manière plutôt différente d’il y a quelques mois, mais c’est de la fatigue, c’est de la tristesse, une perte de motivation, ne plus arriver à passer à l’action. C’est un état un peu flou aussi et c’est une grande tristesse qui t’empêche aussi de voir des gens, la perte de l’interaction avec des gens, perte de libido… C’est aussi… pfff… En fait il y a plein de choses qui gravitent autour de la dépression et ça peut être très complexe à définir, et ça revient aussi parfois, c’est peut-être aussi par cycle et en ça c’est une maladie qui est très complexe.

Mickael : Et pour ce qui est de la phobie sociale, si tu devais aussi la décrire brièvement, ce serait quoi ?

Guillaume : Si je devais définir ça de manière générale je dirais que c’est la peur des gens, la peur de l’interaction avec les gens, mais c’est vrai que dans la phobie sociale il y a plein de phobies qui gravitent autour de tout ça, des phobies sous-jacentes, parce qu’il y a la phobie sociale, mais il y a aussi la phobie, l’agoraphobie, il y a aussi la peur des transports, la peur d’être enfermé, la peur du regard de l’autre, la dévalorisation de soi, l’impression de ne pas être présent à l’instant t, les troubles de la concentration, donc en fait il y a plein de choses qui englobent ça et en fait je pense que chacun le vit de manière différente.

Mickael : Concernant ces deux troubles, la dépression et la phobie sociale, si tu devais leur associer un mot ou une image, une métaphore, ce serait quoi ?

Guillaume : Euh, une barrière, je pense. J’ai toujours l’impression que ça m’a empêché de faire des choses. Je dis une barrière parce qu’en fait ça te bloque dans ta vie et le plus difficile à accepter en tout cas pour moi ça a été que ça t’empêche d’être toi-même, d’oser faire des choses, et en fait tu deviens la maladie plus que… déjà tu la subis, ce qui est déjà quelque chose, mais en plus tu deviens ta dépression, tu deviens ta phobie sociale parce qu’elle prend le dessus en fait dans ton quotidien. Elle t’empêche de voir les gens que t’aimes, elle t’empêche de faire les choses que tu aimes, et c’est pour ça que pendant longtemps j’ai eu, je l’ai encore parfois aujourd’hui, mais beaucoup moins parce que je suis sur une voie plutôt positive pour me remettre de tout ça, mais j’ai eu longtemps l’impression d’être un peu dans… dans un train et de regarder juste par la fenêtre et de voir ma vie défiler, des choses que j’aurais pu faire et qu’aujourd’hui je suis dans l’incapacité de faire à cause de ces troubles. Et c’est pour ça, je dirais ouais, une barrière.

Mickael : Et chez toi, qu’est-ce qui s’est manifesté en premier, la dépression ou la phobie sociale ?

Guillaume : La phobie sociale. Pour ma part ça s’est déclaré en 2013, donc à cette époque-là j’avais, je crois, 21 ans, et c’est suite à une agression très violente et traumatique pour moi qui m’a laissé quelques séquelles mentales. Mais en fait qui sont arrivées pas si rapidement que ça en fait, parce que c’est survenu en, au mois d’août, une agression qui s’est faite par des coups, en fait j’ai été suivi, j’ai reçu des coups et des strangulations qui étaient très fortes, ce qui est fou c’est que c’est un événement qui est passé à une vitesse folle, c’était comme une tornade, mais c’était très long. Ce soir-là j’étais inhibé par l’alcool, je ne dis pas que c’est une bonne chose, mais peut être que ça m’a permis de pas prendre conscience sur l’instant de ce qu’il se passait réellement, et je me suis laissé faire, en fait, parce que ils… j’ai juste cerné plusieurs… plusieurs visages et j’ai compris que je ne pourrais rien faire, et sur le coup tu te laisses faire sauf qu’au moment où tu reçois les coups et que tu te sens relevé, et que tu es contre un mur et que tu as deux mains autour de ton cou… Bah tout simplement j’ai cru que j’allais mourir. Et quand vient un événement comme ça on dit toujours qu’on voit sa vie défiler, et moi je me rappelle penser à ma petite sœur, à mon chat, à mes parents, à mon frère et ma sœur, et j’ai juste pensé aux gens que j’aime et je me suis dit c’est la fin, et c’est comme ça tu peux rien faire. Je me suis réveillé quelque temps plus tard Dieu merci… je sais pas, en fait j’ai dû perdre connaissance parce qu’il y a eu une espèce de trou entre les deux, qui ne devait pas être très long, parce qu’il faisait encore nuit… mais il ne faisait pas non plus, enfin, le soleil commençait à se lever… Je ne sais pas, j’ai dû perdre connaissance, je ne sais pas si j’ai perdu connaissance de peur ou de douleur, mais la pression était si forte… Et donc suite à ça j’ai rejoint mes parents, parce que j’étais en stage à Barcelone à l’époque et j’ai pas pu terminer les quelques mois que j’avais à faire là-bas. Le moment où j’ai réalisé ce qui s’était vraiment passé, au-delà du fait d’avoir été aux urgences, à la police où tu racontes ce qu’il s’est passé, à ce moment je ne réalise pas encore… Mais c’est le fait de l’avoir annoncé à ma mère, le moment où je lui dis, que dans sa voix je sens qu’elle s’effondre, c’est vraiment là où j’ai commencé à réaliser, à pleurer, et en fait c’est la réaction de ma mère qui m’a le plus marqué, et c’est là que j’ai compris que ce qui s’était passé était assez lourd. Et ce n’est que quelques mois plus tard, je dirais mois de septembre, octobre, où lorsque j’ai fait ma rentrée, à l’époque j’étais à Lyon, où j’ai commencé à changer d’attitude, tu vois, je sentais que j’étais… bon j’ai toujours été un peu timide, plutôt réservé, mais là c’était une timidité qui était assez extrême, dans le sens où quand je parlais à des gens je n’arrivais pas à les regarder dans les yeux, j’avais le regard fuyant, et j’ai commencé à faire ce qu’on appelle des évitements, c’est-à-dire que… Bah pour tout simplement éviter l’angoisse je partais, j’évitais les personnes qui étaient susceptibles de me parler, si je devais aller à une soirée bah c’est simple je disais que je ne pouvais pas, pour aller à l’école ou à des endroits je prenais systématiquement un taxi, et là je me suis dit waouh ! Tu pars un peu loin ! Et je pense que c’est à partir de ces événements que j’ai réalisé qu’il y avait peut-être un problème. Bon en fait ces troubles ont tout simplement commencé à s’amplifier, et c’est là que j’ai pris conscience qu’il y avait un problème, c’est là aussi que j’ai commencé à mettre un mot sur tout ce que représentaient ces actions, et c’est là aussi que j’ai commencé à vouloir voir quelqu’un pour traiter ça.

Mickael : Tu l’as dit c’est quand les troubles sont devenus une souffrance trop importante que tu t’es rendu compte qu’il fallait consulter. Mais cette souffrance justement, si on essaie de se l’imaginer, elle ressemble à quoi ? Quand, tu dis que tu évitais par exemple les situations quand tu devais rencontrer des personnes, leur parler, il se passe quoi dans ta tête à ce moment-là quand tu te dis là il faut que je sorte, que j’aille voir quelqu’un, qu’est-ce qu’il se passe ?

Guillaume : Alors ça dépend des situations ça peut-être par exemple quand je suis dans le métro. En plus de ça à cette période en plus des troubles qui se passaient dans ma tête et dans mon esprit il y avait aussi les troubles physiques c’est-à-dire que des actions, des événements traumatiques comme ça peuvent avoir des effets certes sur ton physique sur le court terme, on te tape, il y a du sang, mais sur le long terme il peut se passer aussi des choses et ton corps peut aussi réagir. En l’occurrence moi c’était des poussées d’acné, de grosses poussées d’acné, qui m’a beaucoup surpris parce qu’en général l’acné tu en fais quand tu es ado… Et c’est qu’après que j’ai le rapprochement que ce genre d’événement pouvait générer ça dans le corps. Des situations où je me suis dit il faut que je sorte, bah là je repense au moi de 2013, mais quelqu’un me parlait, t’arrives plus à respirer, la sensation de suffoquer, tu trembles, tu commences à suer aussi beaucoup, et ça devient grave, quoi, si tu ne quittes pas cette situation il va se passer un truc horrible, quoi, et ça peut être aussi quand je suis seul, dans la rue, parfois des crises d’angoisse dans la rue, et je pensais dans ma tête, j’avais toujours cette idée que j’allais tomber dans les pommes. Et j’étais sûr de moi ! C’était… c’était sûr et certain, j’allais tomber dans les pommes, il allait se passer quelque chose de grave, alors que… physiologiquement c’était pas possible, mon psy me l’a expliqué, mais c’est vrai que j’avais ces idées-là, et j’ai commencé aussi à avoir des pensées obsessionnelles. Un truc tout bête, mais, qui est complètement lié, mais par exemple les peu de fois où j’attendais le métro dans cette période, je me disais « ah ! imagine je saute sur la rame ! ». C’est quelque chose que je n’aurais jamais fait, je n’ai pas eu d’idées suicidaires, mais je restais avec ces idées qui devenaient assez obsessionnelles et folles, et c’est là que je me suis dit waouh, wah wah, ça part trop loin toutes ces choses qui se passent. Tu commences à en avoir honte, donc tu n’en parles pas forcément à tes amis, et je me suis dit il faut que j’en parle à un psy, c’est là que j’ai commencé à me renseigner sur ces troubles et j’ai trouvé le terme phobie sociale, qui lui aussi fait peur, parce que tu te dis j’ai peur des gens, c’est… ce n’est pas normal, moi je ne me reconnais pas dans ça ! Et c’est à ce moment-là que j’ai décidé d’écrire une lettre à un psy pour qu’il puisse me recevoir en tant que patient, et j’ai relu cette lettre récemment et… j’ai vu qu’il y avait un beau chemin qui était parcouru depuis !

Mickael : Pour ce qui est de l’accès aux soins en santé mentale on sait que ça peut être compliqué de trouver un professionnel dans… bah dans sa ville, de trouver un professionnel dans ses moyens aussi, parce qu’on sait que le frein financier peut exister… Toi, comment tu as choisi justement ce psychiatre ?

Guillaume : Alors c’est vrai que c’était très compliqué de trouver quelqu’un qui soit vraiment spécialisé dans l’anxiété sociale, la phobie sociale, et l’anxiété généralisée. Je voulais absolument quelqu’un qui ait cette compétence, après tous les psychologues sont alertes là-dessus, mais je voulais vraiment quelqu’un qui soit spécialisé parce que je pensais que ma situation était irrécupérable. Après je n’ai pas pu être suivi par ce professionnel parce qu’il avait justement trop de patients. J’ai été voir plusieurs psychologues, c’est vrai que ça a été compliqué, après je pense que voilà, faut trouver aussi la bonne personne, faut trouver quelqu’un avec qui tu as un bon feeling et faut pas non plus se dire que si ça ne passe pas avec un ou deux psychologues une thérapie n’est pas faite pour toi, il faut aussi trouver quelqu’un avec qui tu sois en accord et qui puisse t’aider. Pendant longtemps, donc j’ai fait plusieurs thérapies, j’ai fait de la psychothérapie, j’ai essayé aussi des techniques alternatives comme la… Je ne me souviens plus le nom, la nanothérapie qui est un dérivé de l’emdr, je pense… Et ça n’avait pas fonctionné. Pourtant, en fait à part des… stimuli comme ça sur tes genoux comme ça avec un mouvement des yeux elle te plonge dans ton inconscient et ça te fait revivre le trauma pour ensuite le faire disparaitre de ton cerveau. C’était assez ouf parce que j’avais eu quand même des réactions physiques où je mettais ma tête en arrière et j’avais l’impression d’être étranglé une nouvelle fois. Mais ça n’a pas fonctionné et j’avoue pendant plusieurs années j’ai lâché l’affaire parce que je me suis dit pfff ! Ça fonctionne pas, j’ai vu plusieurs personnes, et… J’avoue ne pas avoir été assidu aussi lors de mes thérapies, j’en ai fait peut être plusieurs séances, une par ci, une par-là, mais sans m’y tenir vraiment. Et ça, c’est vraiment une erreur, il ne faut pas faire, même s’il y a le frein financier effectivement, c’est primordial et c’est utile en fait, donc il faut le faire. Et j’ai recommencé lorsque je suis arrivé à Paris, donc plus récemment, je dirais il y a trois ans. Donc ça fait longtemps que je vis avec ça et j’ai décidé à l’approche… enfin tu vois, tu commences à vivre une vie où tu es plus responsable, tu deviens adulte, j’ai commencé à être dans un état d’esprit où je me suis dit stop, il faut vraiment que ça cesse, il faut que je me prenne en charge, et que je sois plus assidu et que ça cesse, quoi ! Et c’est là que j’ai commencé à faire une thérapie cognitive comportementale, où en gros on t’apprend à… Je pense que tu connais, je sais pas si ceux qui nous écoutent connaissent ! Ça permet de rééduquer ton cerveau et de confronter tes peurs et tes angoisses pour qu’elles puissent être désamorcées lors d’une prochaine exposition. Donc c’est vrai que ça m’a beaucoup aidé, j’avais apprécié la dimension non médicamenteuse parce que je ne voulais pas passer à un médicament, et ça m’a beaucoup aidé. Et c’est vrai que tu vois il m’a… C’était des situations et des exercices qu’il te donne à faire qui sont intéressants, pour moi par exemple c’était sortir dehors seul, sans mon téléphone, pour moi c’était une angoisse, il fallait toujours que j’ai quelque chose à la main… Parfois aussi… Si, je devais toujours avoir quelqu’un au bout du fil pour me sentir pas seul et pas angoissé… Et quand tu as fait le tour de ton répertoire bah tu simules des appels téléphoniques, seul. Là je me suis dit waoh, je pars trop loin. Si bien qu’après je me suis dit bah [rires] pour que ces moments où je parle seul servent à quelque chose, bah autant parler en anglais comme ça j’améliore mon anglais ! Bref… Et donc j’ai fait cette thérapie cognitive comportementale, où justement il m’a dit bah OK, bah maintenant tu vas sortir dehors sans ton téléphone, et tu vas rester dehors jusqu’à ce que l’angoisse s’en aille. Et effectivement l’angoisse après, au bout d’un moment ça s’affaisse, ça s’apaise, et t’es fier ! T’es content que ça soit passé et peut-être que la prochaine fois ça ira mieux ! Bon après tu rentres chez toi et tu es épuisé, parce que c’est énergivore d’être dans des situations où tu confrontes ton angoisse. Puis en fait la… j’ai commencé à faire beaucoup d’efforts et la dépression est venue au mois de… Fin 2020, là j’étais dans une situation un peu plus grise, voire très sombre, et donc c’est là que j’ai décidé de revoir un psychiatre pour accepter cette fois de passer par un médicament. Voilà.

Mickael : Et la première fois, qu’est-ce qui te freinait dans le fait de prendre un médicament ?

Guillaume : Euh… je pense que… Le fait de prendre un médicament moi c’était la… la concrétisation de la maladie, peut-être, se rendre compte aussi qu’elle est réelle, qu’elle est là, c’est le prendre tous les jours donc ça te rappelle que tu vis avec ça. Et j’avais peur aussi qu’il y ait des effets secondaires, des effets néfastes sur ma santé et que je vive tout le temps avec ça. Et que ça devienne un vrai sujet ! Mais c’est un sujet, donc… je suis content de l’avoir fait parce que ça m’a beaucoup aidé. Mais le mieux c’est l’alliance des deux, faire la TCC en plus du médicament parce qu’il y a un travail de fond à faire, je pense.

Mickael : Et cette thérapie tu l’as suivie combien de temps ?

Guillaume : La TCC je l’ai faite pendant plus d’un an, c’était une séance par mois, au départ c’était une séance toutes les deux semaines. On faisait des exercices, on faisait le point pour avancer. Et puis les entretiens avec le psychiatre pareil, c’était toutes les deux semaines aujourd’hui lorsque ça allait vraiment mal, et maintenant c’est pour faire le point. Là ça fait depuis novembre 2020 que je vois ce psychiatre.

Mickael : Ce psychiatre, tu as commencé à le voir quand tu as commencé à sentir des symptômes de dépression. Ces symptômes c’était quoi ?

Guillaume : C’était de la tristesse, de la fatigue, une fatigue extrême, la perte d’appétit, une perte de libido, une grande tristesse, grande démotivation. Plus d’envies, en fait, de voir des gens que j’aime, c’est vrai que j’ai eu une période où je me suis mis à dos mes amis et mon cercle social est devenu très maigre. Certains m’en ont voulu, et il a fallu un peu… Ce que je peux comprendre aussi, mais il a fallu ensuite que j’explique ce qui s’était passé. Et oui, se mettre à dos les gens qui t’aiment c’est dommage parce qu’ils sont là aussi pour t’aider et pour t’écouter. Mais c’était ça, une grande tristesse, perte de motivation, plus rien qui t’excite, plus rien qui t’anime… Et voilà.

Mickael : Et c’est apparu de quelle manière, ça a été brutal ou plutôt progressif ?

Guillaume : En fait ça a été plutôt brutal cette fois-ci parce que… En fait il y a eu le confinement où j’ai commencé un nouveau job, c’était le job de mes rêves dans le label de mes rêves avec les artistes qui me font kiffer… Et puis j’ai commencé pendant le confinement, pour quelqu’un qui souffre de phobie sociale… Je ne veux pas dire que j’ai vécu le confinement de manière positive, mais en tout cas c’était plus agréable pour moi de m’adapter à un nouveau rythme de travail, de rencontrer des gens avec la barrière, le filtre de l’écran, et les rencontrer ensuite. Bref. Et le choc je pense que c’est lorsque je suis retourné sur place, qu’on a dû retourner dans les locaux, que j’ai de nouveau dû faire face à des regards, à des réunions où tu dois exposer tes idées donc tu es jugé sur tes idées. J’ai deux alternantes avec moi donc il fallait aussi assurer un rôle un peu… Comment je peux dire ça, j’aime pas dire manager parce que je n’étais pas du tout à l’aise à l’idée de diriger ou de faire des choses comme ça. Donc j’étais pas, je ne me sentais pas à ma place, et j’avais du mal à faire valoir mes idées, et j’ai… j’ai commencé à… Les travers de la phobie sociale ont commencé à reprendre de plus belle parce que finalement les deux sont liés, et finalement c’est devenu tellement angoissant que j’ai commencé à angoisser avant pendant et aussi après, je dormais plus… un sommeil très très, très mauvais. Non, ça n’allait plus, mais c’était frustrant parce que c’était vraiment le taf que j’avais toujours voulu faire, j’avais toujours rêvé d’être dans cette équipe-là, et… ouais c’est frustrant de te dire merde, quoi, encore une fois comme on disait tout à l’heure c’est la maladie qui prend le dessus, tu deviens plus la maladie que toi, en fait, et elle est plus forte que toi. Et c’est difficile de l’accepter parfois. Et c’est là que j’ai commencé à prendre rendez-vous avec le psychiatre en disant que ça n’allait pas du tout ! Et j’ai eu de la chance d’avoir deux personnes qui travaillent avec moi qui m’ont compris et qui m’ont écouté. Et je pense qu’il faut… bah dire les choses, j’ai eu du mal à être honnête avec eux la première fois pour expliquer les raisons… de mon envie de partir, parce que je ne voulais pas encore reparler de tout ça, d’insérer en plus ma maladie dans le milieu du travail, enfin maladie, mes troubles.. Et donc j’ai préféré ne pas être honnête et ils n’ont pas compris évidemment, et ensuite j’ai décidé d’être juste honnête, et ils ont compris, et c’est humain en fait. Et c’est là aussi que j’ai commencé à voir mon psychiatre.

Mickael : Et avec ce psychiatre, qu’est-ce qu’il y avait de différend dans la prise en charge par rapport à celle que tu avais pu avoir auparavant ?

Guillaume : Ce qui m’a marqué c’est lorsque je suis arrivé chez lui et que je lui ai exposé un peu la situation, il m’a rassuré, il m’a fait, mais en fait vous traversez une dépression, vous souffrez, j’en avais conscience, mais qu’un professionnel te le dise ça te fait réaliser, ah ouais, y’a eu ça, y’a eu ça, donc en fait peut-être qu’il a raison il faut passer par une voie alternative. En fait il m’a parlé plus du médicament, de la molécule, comment elle fonctionnait. Donc il y avait un aspect un peu scientifique qui faisait sens et qui m’a un peu intrigué et intéressé. Et ouais en fait il a dédiabolisé le fait de prendre un médicament, ça m’a rassuré, j’ai foncé et je lui ai fait confiance.

Mickael : Et ce médicament que tu as pris, ça a mis combien de temps à agir ?

Guillaume : En fait on a commencé ensemble sur un autre médicament et j’ai pas du tout, j’ai eu du mal à le gérer, je me sentais encore plus angoissé, j’avais un œil qui partait là et un autre qui partait là, c’était trop bizarre ! Et en fait on a mis du temps à trouver le bon, la bonne molécule, qui joue justement sur le fait de passer à l’action, et ça m’a tout de suite convenu. Il y a eu une période d’adaptation qui était un peu difficile, mais après ça… Je me suis senti mieux rapidement, je dirais un mois ? Au bout d’un mois, je me sentais déjà bien.

Mickael : Donc on sait tous les médicaments quels qu’ils soient peuvent avoir des effets indésirables. Toi dans ton cas ces antidépresseurs ont eu quoi comme effets indésirables ?

Guillaume : Au début de la prise j’ai eu des problèmes de sommeil, j’avais testé d’ailleurs des somnifères, enfin je suis rentré dans un process qui n’allait pas du tout, j’ai mal géré les somnifères, je ne recommande pas ! Enfin, ça dépend comment vous l’appréhendez. Beaucoup de fatigue au départ. Beaucoup de sudation aussi, notamment la nuit. Et encore aujourd’hui dès que j’ai un moment de stress ou si je suis enfermé je sue très rapidement notamment du front et du dos, ça, c’est vraiment des choses que j’ai vu apparaitre de manière assez intense. La perte de libido aussi, ce n’est pas systématique, mais c’est vrai que pendant un moment je n’avais plus vraiment d’appétit sexuel. Ça peut jouer là-dessus. Je pense que les effets secondaires c’est surtout quand tu l’arrêtes au mauvais moment et pas de la bonne manière, j’ai voulu me faire un autosevrage et j’ai simplement arrêté le médicament, et ça, c’est une mauvaise idée, je ne recommande pas.

Mickael : Et tu parlais tout à l’heure de la nécessité de concilier thérapie et médicament, pendant ce premier mois est-ce qu’il y a eu d’autres choses qui ont été mises en place pour… Enfin qui ont pu contribuer à ton amélioration ?

Guillaume : En plus du médicament j’ai essayé de trouver aussi moi des moyens de me sentir mieux. Donc le médicament m’a aidé à faire des choses, donc j’ai fait du sport, j’ai commencé aussi la méditation, à lire beaucoup aussi, à réfléchir… Enfin j’ai vraiment pu prendre le temps en fait de réfléchir à ce que je voulais faire et à prendre soin de moi, c’est vrai que ça m’a aidé. Et d’en parler aussi, c’est vrai qu’à cette période j’étais en couple, j’ai eu la chance d’avoir quelqu’un qui m’a aussi beaucoup accompagné là-dedans. Quand on vit ça seul c’est pas très fun donc d’avoir quelqu’un aussi qui nous épaule c’est, c’est bénéfique. Bah ce qui m’a aidé après c’est que je me suis… j’ai foncé dans le travail. En fait j’ai eu quelques mois entre guillemets de pause pour juste souffler, passer à autre chose et faire le point. Et après j’ai lancé mon activité pro, seul, avec mes idées, ce que j’avais envie de faire. Et je me suis pris de passion pour ça. Je pense que dans un sens ça m’a aussi aidé à avoir des objectifs, à passer à l’action et à aller mieux.

Mickael : Tu l’as un peu évoqué tout à l’heure, et même dans la nature même de tes troubles il y a une forte composante relationnelle, sociale. Est-ce que ça a eu des impacts on va dire importants sur tes relations avec ta famille, tes amis, tes relations amoureuses, professionnelles ? Tu en as déjà parlé un peu, est-ce que tu peux approfondir peut être un peu sur ces conséquences ?

Guillaume : C’est vrai que je me rappelle toujours de, des mots de ma mère qui me dit, mais je comprends pas, Guillaume, t’es toujours fatigué, t’as toujours mal à la tête, ou mon frère qui ne comprend pas pourquoi j’ai pas envie de certaines choses, pourquoi je me sens mal, pourquoi quand on va dans un centre commercial je tire la gueule. Et je pense c’est, je leur en veux pas, c’est de l’incompréhension parce que même moi à l’époque j’avais du mal à le formuler ! maintenant je pense qu’ils comprennent un peu plus, c’est vrai qu’ils se sont surtout inquiétés pour moi du fait de me voir comme ça, mais c’est des troubles qui te prennent beaucoup d’énergie donc généralement c’est vrai que tu as souvent mal à la tête, tu es souvent fatigué. C’est des troubles qui te font te dévaloriser donc tu n’as pas beaucoup confiance en toi, et je pense aussi avoir un peu du mal avec la dimension intime, tu vois, même si quand je suis avec quelqu’un je peux être très tactile, et tout, mais si c’est quelqu’un que je ne connais pas le fait d’être touché, tu vois, je pense que ça réévoque certaines choses, et même au niveau sexuel ça peut être un peu délicat pour moi, sinon… J’ai du mal à me laisser aller ! Et à regarder la personne ! Sinon pour le coup je suis quelqu’un de très sociable, je pense, mais c’est sur certaines situations les troubles vont revenir. Par exemple tu vois même je me rappelle lors de mes études où il fallait faire des présentations devant 150 personnes, j’étais hyper à l’aise, parce que c’était cadré, je savais ce que je devais dire, et je fonce et y’a… En fait y’a cet aspect un peu de performance tu vois, et j’aime bien cette idée-là, mais dès qu’il s’agit un peu d’imprévu, d’être un peu plus naturel, avoir de la répartie, là je suis pris de court et y’a mille trucs qui se passent dans ma tête et il y a tellement de choses qu’il se passe que tu en perds ta vision naturelle, en fait, tu n’es plus naturel, t’es plus là. Oui je pense que niveau amour ça a joué, enfin tu vois ma… Même dans ma dernière relation il comprenait pas pourquoi je tirais toujours la gueule, pourquoi j’étais toujours stressé, comme ci, comme ça. Donc c’est vrai que ça joue, ça doit pas être fun de voir une personne triste quand tu vis avec. Et après euh… Oui avec mes amis ça… Aujourd’hui c’est différent parce que ça va mieux, mais je me rappelle de fois où j’étais dans un bar et devoir me lever pour aller aux toilettes du bar c’était une épreuve pour moi, c’était impossible, parce qu’il y avait ce laps de temps pendant lequel tu vas te lever, tu vas devoir passer devant les gens, tu vas être regardé, alors qu’ils en ont rien à faire ! Et tu vas devoir revenir, et ça, c’était difficile pour moi. Ou même être à un passage piéton debout quand tu vas traverser bah il y a cette période de latence où t’es debout, comme ça, et euh, et ça, c’était très angoissant pour moi. Du coup ça a généré des évitements aussi, avec mes amis il y a des événements auxquels je n’ai pas voulu aller, l’anniversaire de mon meilleur ami une fois, je n’avais pas pu, je n’avais pas eu la force d’y aller. Et ils m’en ont voulu, mais après tu vois ils comprennent aussi, parce que je suis transparent sur les troubles et je pense qu’il faut en parler pour désamorcer l’angoisse.

Mickael : Tu as évoqué aussi à plusieurs reprises le fait de perdre un peu son caractère naturel, perdre un peu son identité aussi, tu parles de s’identifier à sa maladie. Ça fait quoi justement de se sentir malade, à quel moment on commence à se sentir malade et à se définir par sa maladie ?

Guillaume : Oui lorsque tu ne.. Enfin lorsque tu perds ta spontanéité et lorsque tu n’es plus présent en fait, quand tu sens que tu es bloqué et que tu n’arrives plus à dire certaines choses. J’ai des situations en tête, il y en a plein qui me viennent en tête, mais quelqu’un qui me parle, tu vois, au travail, qui me raconte quelque chose de génial et moi je suis là je la regarde et je me dis, mais qu’est-ce qu’elle raconte, qu’est-ce que je vais répondre… Et en fait tu perds tellement le fil parce que tu penses au fait qu’elle te regarde, donc déjà il faut que tu soutiennes son regard, ensuite il faut que tu comprennes ce qu’elle dit, faut que ça arrive jusque dans ta tête, après tu te dis qu’elle te regarde et peut être qu’elle juge la manière dont tu es coiffé ou habillé, après tu te dis merde, elle va voir que je tremble, merde elle va voir que je commence à suer alors que tu sues pas, après tu te dis merde je vais tomber dans les pommes, et en fait tu perds juste le fil de la conversation et la meuf elle te parle, mais elle parle à un mur ! Et c’est là que tu te dis y’a un problème en fait. C’est bloquant, c’est frustrant et tu te dis je perds en fait, je ne peux même plus parler naturellement avec quelqu’un. et c’est là que ça prend le dessus.

Mickael : Et ça provoque quoi comme émotion de se dire ça ? Dire je suis plus moi-même, en fait, c’est quoi, de la peur que ça empire, du dégoût de soi, de la colère envers la maladie, c’est quoi ?

Guillaume : Bah sur des situations comme ça tu vois… Parce que je l’ai encore en tête, je me rappelle être allé aux toilettes et tu te dis p***, et là tu souffles… Ouais, c’est de la colère, c’est de la colère, t’en as marre. Et c’est frustrant et du coup tu perds confiance en toi, c’est un cercle vicieux parce que tu te dis la prochaine fois je vais juste éviter ce genre de situations comme ça je n’aurais plus jamais à faire à ça, sauf que ça entretien… Ça entretient les troubles et ça devient encore plus vif. Et tu perds confiance en toi complètement… Et de la colère, ouais.

Mickael : Tu nous as dit qu’aujourd’hui ça allait mieux, que tu te sentais mieux et que ton traitement était aussi efficace sur tes symptômes, sur ton ressenti, sur tes émotions, et que ça t’a permis aussi de lancer ta propre activité. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus, de quoi il s’agit ?

Guillaume : Effectivement aujourd’hui ça va beaucoup mieux, là je vais passer en… en sevrage. Donc je suis assez content, j’attends avant de me prononcer parce qu’on ne sait jamais comment on réagit. J’ai eu la très mauvaise idée une fois de vouloir arrêter seul pensant que ça allait bien se passer et j’ai fini aux urgences deux jours plus tard parce que je devais… Ça n’allait pas du tout, je suais… Ça n’allait pas ! Et donc oui aujourd’hui je fais des vidéos sur internet, j’ai encore du mal à dire que je suis créateur de contenu, mais ça c’est le syndrome de l’imposteur qui refait surface ! Mais oui, aujourd’hui je suis à 100 % là-dedans, je parle de musique parce que ça a toujours été ma passion, j’en ai fait aussi mon travail. Et aujourd’hui je fais des vidéos sur YouTube et les réseaux annexes pour bah justement décrypter la musique pop, parler de ses artistes et des musiques qui ont marqué notre génération.

Mickael : Cette activité il me semble que ça fonctionne pas mal. Tu as une belle communauté auxquels tu as déjà fait part de tes troubles à plusieurs reprises. Qu’est-ce qui a fait que tu as eu envie de leur en parler et comment est-ce que ça a été reçu ?

Guillaume : En fait j’ai voulu en parler parce qu’avant de lancer cette chaine je m’étais posé des questions, je ne savais pas comment agir, si je devais être un autre personnage pour captiver les gens. Et puis, en puis en fait j’ai décidé juste d’être moi-même. Et c’est vrai que, même si dans mes vidéos je parle par exemple, je sais pas, de Selena Gomez ou de Britney Spears, il y a toujours des choses à dire sur la santé mentale et même elles prennent la parole à ce sujet-là, ce qui permet aussi de démocratiser la santé mentale et que ça ne soit plus un tabou. Et c’est vrai que en 2013 tu vois lorsque j’ai découvert le terme de phobie sociale je n’osais pas trop en parler parce que j’avais peur de ce ça pouvait représenter, de ce que les gens allaient penser de moi, en me disant ils vont penser que je suis fou ou un truc comme ça. Donc je me suis dit si à ma petite échelle je peux justement parler de ça ouvertement et suivre cette tendance de parler librement de la santé mentale, si ça peut aider ne serait-ce qu’une personne, bah je serais trop content et je pense qu’il faut que ça continue dans ce sens-là. Et en fait j’en ai parlé parce que je pense que la création de cette chaine elle est aussi étroitement liée à la dépression et à ces troubles-là parce que ça m’a clairement aidé à aller mieux, ça m’a clairement aidé aussi à me sentir moi, c’est la première fois que je me suis senti… fier, j’ai encore du mal à dire le mot mais j’étais fier de moi de faire quelque chose où je me sens moi, quelque chose qui me plait, quelque chose pour lequel j’ai travaillé dur et ça m’a clairement aidé, ça m’a aidé à sortir de la dépression. Du coup je me suis dit il faut que j’en parle, euh, je crois c’était il y a quelques mois, j’en ai parlé ouvertement en disant, justement, j’ai parlé de l’histoire de cette chaine, que ça prenait ses origines par rapport à ce qui s’est passé dans ma vie personnelle, et ça a été très bien reçu. J’étais surpris en fait de voir les gens qui sont venus me voir, le nombre de gens qui sont venus me voir en privé pour me dire c’est génial que tu en parles, j’ai l’impression de me voir à travers tes mots, j’ai l’impression moi aussi d’être passé plusieurs fois à côté de ma vie, moi aussi je n’ai jamais osé… Et peut-être que ça rassure aussi les gens de voir qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation parce que c’est vrai que la dépression et les troubles anxieux c’est des choses qui t’isolent beaucoup et tu vas aussi te replier sur toi même du fait d’éviter un tas d’événements et de personnes bah te retrouver seul, et je pense qu’il ya beaucoup de gens qui ressentent ça, et encore une fois si à ma petite échelle quelqu’un peut se voir dans ces mots et se sentir moins seul, je suis content, quoi.

Mickael : Toi tes troubles ont commencé il y a une dizaine d’années, maintenant. Est-ce que tu as l’impression qu’on parle plus de la santé mentale aujourd’hui qu’il y a dix ans ? Et à ton avis qu’est-ce qui aurait pu t’aider aussi à l’époque à mieux comprendre ce dont tu souffrais et à mieux l’accepter ?

Guillaume : Ah oui ! Je pense qu’il y a un fossé quand même par rapport à il y a dix ans, les gens en parlent plus librement, ne serait-ce que dans les médias ou même les personnalités qui en parlent. On voit que ça change et c’est une bonne chose. Ce qui m’aurait aidé à l’époque peut être avoir plus de prévention, parce que finalement c’est des choses que tu cherches toi-même sur internet et tu peux très vite tomber sur des forums… tu vois ce que je veux dire ! Donc ouais, peut-être plus de prévention, plus de personnes qui assument prendre la parole à ce sujet, parce qu’en fait au fur à mesure même d’en parler ça a eu plusieurs conséquences, déjà je me sens moins seul, maintenant je le dis beaucoup plus librement parce que bah comme je te disais tout à l’heure ça désamorce l’angoisse, rien que le fait de le dire, la personne comprends et tu sais que ça sécure un peu l’environnement, donc j’ai plus de facilité à le dire. Et je me suis rendu compte qu’énormément de personnes avaient ce genre de trouble en fait, c’est à différentes échelles, mais j’ai été surpris de voir qu’il y ait autant de personnes qui partagent ces situations-là. Donc oui, si je suis égoïste je me dis je me sens moins seul, mais de leur côté c’est cool aussi parce que peut être que elles aussi c’est des personnes qui n’osent pas en parler, et d’échanger à ce sujet bah je trouve ça génial parce que ça permet d’avancer ensemble et de réaliser que c’est humain quoi. Je pense que ce qui m’aurait aidé à l’époque ça aurait été d’en parler plus librement, ça aurait été d’avoir peut être plus de prévention sur la santé mentale parce que même si ce sont parfois des choses qui ne se voient pas, bah ça reste quand même des problèmes qui peuvent t’empêcher d’avancer et encore une fois te mettre des barrières et te gâcher la vie !

Mickael : La question traditionnelle que j’aime bien poser, c’est si tu devais te décrire en un ou deux mots ce serait quoi ?

Guillaume : Waouh ! Bah je dirais doux, doux oui parce que je suis rarement dans un sentiment de colère, j’évite souvent le conflit. Mon père se moque de moi parce que j’utilise souvent le terme je suis posé, j’aime bien me poser. Donc je dirais oui doux, et humble, je suis quelqu’un de très simple.

Mickael : Qu’est-ce qui te fait du bien aujourd’hui ?

Guillaume : Et bien ce qui me fait du bien, c’est… Ce qui me fait du bien aujourd’hui c’est de travailler, toute cette activité autour de cette chaine YouTube… C’est vrai que ça peut paraître simple, ce sont des vidéos, je parle de Pop, c’est un sujet qui me passionne, mais c’est beaucoup plus profond que ça pour moi. Je dirais pas que c’est une échappatoire c’est plutôt l’extension de moi donc je kiffe ce que je fais, de voir qu’il y a des… En fait de lire les commentaires des gens tous les jours, ça fait trop du bien, ça fait trop plaisir, et ça me motive encore à faire plus, et puis je m’éclate à faire du contenu, j’écris, je lis beaucoup, et c’est génial, c’est trop bien ! Ça m’a permis de rencontrer des gens formidables, c’est trop bien. Et l’autre chose qui me fait du bien ce sont les amis, que… pendant plusieurs mois malheureusement je les ai un peu abandonnés, ils m’en ont voulu, j’ai voulu prendre un peu de distance par rapport à eux, mais pas de manière volontaire, c’est juste que j’allais très mal et je voulais être mal seul pour que la souffrance soit encore plus forte, et ça, c’est pas bien ! Et le fait de les avoir retrouvés bah ça m’a… Il y a eu un petit moment effectivement pour qu’ils puissent récupérer ma confiance, mais j’ai pu en discuter avec eux, je pense que la majorité d’entre eux ont compris, on a beaucoup parlé ils m’ont dit aussi qu’ils avaient mal vécu le fait… Ils se sont sentis abandonnés en fait, et je pense qu’une des paroles qui m’a le plus marqué c’est oui, mais Guillaume, en fait, oui d’accord tétais pas bien, mais tu nous as abandonnés, moi j’ai vécu ça, ça ça et j’avais besoin de t’en parler pour aller mieux. Et je me suis dit ah merde, j’ai pas été là pour eux à cet instant-là ! J’ai eu l’impression d’avoir été peut-être un peu égoïste à certains moments. Donc en fait de les retrouver et bien je réalise à quel point c’est important d’avoir une vie sociale aussi, de pas s’isoler, juste de ressortir de penser à autre chose parce que oui, certes, je suis à fond dans le travail, mais parfois on peut aussi foncer tête baissée dedans et encore une fois de nouveau s’isoler et s’empêcher de sortir. Juste là j’ai l’impression de revivre, de retrouver le moi d’avant et ça fait du bien !

Mickael : Est-ce que tu as des projets pour les mois ou les années à venir dont tu aimerais nous parler ?

Guillaume : Oui, il y a des projets à venir, déjà de continuer ce que je fais sur YouTube parce que comme je te disais ça me fait un bien fou. Et j’aimerais aller encore plus loin, récemment j’ai eu la chance d’être contacté par les équipes de CStar chez Canal plus pour présenter une émission sur Snap Chat où là aussi on décrypte la Pop Culture. C’était d’ailleurs un peu une épreuve pour moi parce qu’il y a certains contenus que j’ai dû tourner devant eux. Et c’est vrai que j’étais pas trop à l’aise, j’étais surtout habitué à faire ça chez moi tout seul, mais c’était un bon exercice et un bon challenge pour quelqu’un qui… bah qui souffre de phobie sociale ! Et j’aimerais beaucoup faire évoluer le format YouTube, pourquoi pas aller sur du live, ça m’a aussi ouvert d’autres portes sur de la voix off, pourquoi pas des événements où il faudrait organiser une soirée axée sur la Pop Culture sous forme de quizz où tu vois là je vais devoir être devant peut être soixante-dix personnes. Et j’aime bien cette idée-là parce que même si ça me fait peur, même si ça me stresse, même si je vais devoir justement être naturel, et bien affronter tous ces regards… je pense que… Plutôt que de penser à l’angoisse que ça va me générer et au stress que ça va me générer je pense surtout à l’après, et je pense que ça, je vais être très fier de moi de l’avoir fait, et j’ai envie d’aller au bout de ce challenge. Voilà.

Mickael : Est-ce que tu peux nous dire où on peut te retrouver ? Parce que tu as parlé plusieurs fois de ta chaine, mais on n’a pas forcément donné le nom ! Est-ce que tu peux nous dire où on peut te retrouver ?

Guillaume : Alors vous pouvez me retrouver sur YouTube, ma chaine s’appelle PopSlay, je suis aussi sur Instagram avec le même username, sur TikTok pour ceux qui sont des tiktokeurs, et aussi sur SnapChat, l’émission s’appelle CStar je l’ai dit, mais je suis principalement sur YouTube, c’est vraiment un peu mon bébé YouTube. Donc c’est vraiment là où je m’éclate le plus, où je propose des formats beaucoup plus complets et longs, donc voilà y’a plein de… J’ai plein d’idées de format à décliner et j’ai trop hâte.

Mickael : Est-ce que tu as un message à faire passer aujourd’hui aux personnes qui nous écoutent et notamment à ceux que tu connais peut-être le mieux c’est-à-dire les plus jeunes ?

Guillaume : Oui, ce que je veux dire c’est que si des personnes sont très réservées, hypersensibles, ou atteintes de troubles anxieux, ou très timides, je veux dire que ça ne les empêche pas d’être des personnes très créatives, des personnes qui osent faire des choses et des personnes qui peuvent rêver beaucoup plus grand et que ça ne doit pas mettre des barrières dans leur vie parce qu’ils ne sont pas la maladie, il faut qu’ils réfléchissent à ce qu’ils sont eux, il faut savoir se relever à chaque épreuve, mais il faut croire en soi et retrouver sa confiance. Et le deuxième message c’est d’en parler, que ce soit avec un thérapeute ou avec des amis faut pas avoir honte de ses troubles anxieux ou dépressifs, enfin je veux dire c’est la vie, c’est humain, et ça touche tellement de personnes au final, que le fait d’en parler ça va aider à libérer la parole, ça va aider à désamorcer ces troubles-là, et ça va les aider tout simplement à s’orienter vers une guérison, il faut en parler le plus possible.

Mickael : Bah merci Guillaume d’avoir participé à cette émission et d’avoir partagé avec nous ta bonne humeur et ton sourire !

Guillaume : Merci beaucoup !

Mickael : On te souhaite tout le meilleur pour la suite et on était ravis de te recevoir aujourd’hui.

Guillaume : Merci beaucoup, c’était un plaisir.