Episode 2.10
La cible

Manon Combe, pour Les Maux Bleus, un podcast sur la santé mentale

Ael & Charly / Harcèlement scolaire

Insultes, moqueries, intimidations… Selon l’UNICEF, près d’un enfant sur trois dans le monde est victime de harcèlement à l’école. En France, ce sont plus de 700 000 enfants qui le subissent chaque année, souvent en silence et sans réaction des témoins. Les conséquences de ce phénomène sont dramatiques pour les victimes, qui peuvent subir des dommages psychologiques et physiques à long terme.

Aujourd’hui, nous recevons Ael, une jeune femme qui a été harcelée pendant plusieurs années par un groupe de camarades de classe. Elle nous raconte son parcours à travers cette période difficile. Charly, son compagnon, psychologue auprès de jeunes, nous donne son point de vue de professionnel.

Si vous ressentez un malaise important et que vous ne savez pas comment en sortir, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé, ou à appeler le 3114 si vous pensez à vous faire du mal. En cas d’urgence, composez le 15.

Retranscription par Unt' Margaria

Mickael : Bonjour Ael.

Ael : Bonjour.

Mickael : Merci d’avoir accepté mon invitation à participer à cet épisode. Donc aujourd’hui on va parler d’un sujet d’actualité, dont on parle de plus en plus malheureusement, qui est celui du harcèlement scolaire. Est-ce que tu peux nous dire un peu ton histoire par rapport à ça ?

Ael : Alors pour moi le harcèlement c’est une longue histoire, parce qu’elle a commencé quand je suis entrée au collège, en sixième, et elle a duré jusqu’au lycée. Donc à peu près jusqu’en première, donc ça s’étale sur plusieurs années. Bah pour définir, même si je pense que tout le monde sait ce qu’est le harcèlement, c’est… Donc ça peut se passer en ligne ou dans la vraie vie, dans mon cas ça s’est passé à l’école donc on parle de harcèlement scolaire. Il y a un groupe on va dire qui s’en prend à vous en vous intimidant, en vous excluant, en vous faisant réaliser que vous êtes différent, différente, en vous mettant à part, voilà c’est vraiment un groupe qui s’en prend à une ou plusieurs personnes, et dans mon cas bah c’était généralement qu’à moi, ou voire à mes deux trois ami.es qu’il y avait autour.

Mickael : Et c’était quoi les circonstances dans lesquelles ce harcèlement a commencé, est-ce qu’il y avait un événement ou ça s’est vraiment fait par la rencontre avec les personnes qui te harcelaient ?

Ael : Alors le harcèlement il a pris place progressivement. Donc il y a eu la rentrée en sixième qui pour tout enfant est quelque chose d’assez perturbant, assez différent. Et petit à petit il y a eu un groupe d’élèves, donc dans ce cas là c’était un groupe de filles qui était à peu près… Je dis à peu près parce que dans ma classe c’était surtout deux filles, mais en dehors elles avaient d’autres amies qui se joignaient à elles donc c’était à peu près trois, quatre personnes en général, et surtout deux principalement, qui ont petit à petit, on va dire, commencé en me regardant un peu bizarrement, en disant, voilà, quelques insultes comme ça, alors ça se passait souvent au sein de l’école, au sein de la classe, mais petit à petit on va dire que ça allait crescendo. Après c’était dans la rue. Moi par exemple pour aller au collège je prenais un bus, et pour attendre ce bus il y avait un arrêt de bus auquel elles m’avaient déjà retrouvée pour me crier des insultes dessus dans la rue. Ce n’est jamais allé jusqu’à l’agression physique, mais c’est pas passé très loin, parce que dans le harcèlement il y a souvent beaucoup d’intimidation, et dans mon cas par exemple c’est déjà arrivé dans le cas le plus grave où elles ont pu lever la main sur moi, et, pour m’intimider en fait et me dire que voilà, si par exemple je pouvais en parler ou me révolter face à ça, elles étaient capables de pouvoir employer la force.

Mickael : On sait que parfois il y a une thématique un peu récurrente dans certaines situations de harcèlement, ça peut être la morphologie d’une personne, une caractéristique un peu particulière… Est-ce que toi il y avait une thématique qui était au centre ?

Ael : Alors dans mon harcèlement ça a été… un peu j’ai envie de dire délicat, et en même temps c’est vrai qu’il y a des thématiques au centre, mais il n’y a jamais véritablement, enfin, c’est des excuses pour harceler, ça, il faut bien le réaliser parce que souvent, dans les thématiques les plus récurrentes, ça va être, ça va être l’homophobie, la grossophobie, etc., et souvent on va dire à ces personnes-là de se cacher, de changer. Mais finalement c’est que des excuses, parce qu’il y aura toujours une raison pour vous harceler ! Et dans mon cas ces raisons-là elles prenaient un peu source dans des choses qui étaient, comment dire, un peu clairsemées, mais qui finalement réussissaient à m’atteindre, c’est-à-dire que j’ai toujours fait partie un peu des têtes de classe donc forcément il y avait un peu cette étiquette de l’intello, de la fayotte, voilà, celle qui a des bonnes notes, et face à ces élèves qui étaient un peu dans le sens opposé, c’est-à-dire qu’elles pouvaient avoir de plus mauvais résultats, se faire remarquer par les professeurs et moi c’était pas forcément mon cas donc déjà il y a… On peut voir une séparation entre ça, et puis le fait que moi je m’intéressais à tout ce qui était manga, jeux vidéo, un peu tout ce qui est pop culture. Aujourd’hui les mangas c’est très à la mode, mais dix quinze ans en arrière c’était peut-être un peu moins mainstream, le fait de voir des gens avec des intérêts différents ça perturbe les gens et dans leurs cas c’est ça aussi qui en faisait partie, c’étaient mes intérêts personnels, en fait, ça les dérangeait. Enfin il y a une troisième thématique qui s’est un peu inséminée dans tout ça, qui était assez insidieuse, c’est-à-dire que c’étaient des insultes à caractère homophobe, mais il faut savoir qu’à ce moment-là… Moi j’étais pas… D’un point de vue de ma sexualité j’étais une enfant de onze ans qui n’avait pas forcément conscience de où est-ce que je me situais sur le spectre de la sexualité, mais pour elles, le fait que j’avais une manière de m’habiller qui était peut être des fois un peu androgyne, le fait que j’avais des ami.es qui avaient aussi cette manière-là de s’habiller, le fait que dans les années qui ont suivies au collège et au lycée certaines de ces personnes ont pu faire des coming outs donc on va dire que physiquement il y avait une expression de genre qui était peut être différente de la norme, et donc ça a valu énormément d’insultes homophobes, qui se sont clairsemées, même si, voilà, je n’ai jamais, je n’avais jamais fait de coming out, mais pour elles c’était très clair que j’étais quelqu’un de différent et qu’il fallait trouver tous les moyens possibles de le faire remarquer.

Mickael : Tu as dit que ça s’est mis en place assez progressivement. Quand est-ce que tu t’es rendu compte qu’il y avait un problème, finalement ?

Ael : Je me suis rendu compte qu’il y avait un problème de manière assez progressive, parce que déjà le moindre regard ou la moindre insulte, ça atteint n’importe qui et ça a quand même son impact, même si c’est qu’un regard, mais ça touche ! Mais on va dire que je… J’ai commencé à vraiment mettre un mot sur le fait que c’était du harcèlement et pas juste quelqu’un qui m’aimerait pas, qui le ferait signifier et qui ensuite passerait à autre chose, au moment où… À l’époque il n’y avait pas encore les réseaux sociaux comme on les connait aujourd’hui, à ce moment-là la plupart des jeunes communiquaient sur MSN. Donc MSN c’est un système de messagerie pour ceux qui n’auraient pas connu où en fait on s’envoie des messages interposés un peu comme sur messenger aujourd’hui ou comme tous les outils de messagerie instantanée, et à ce moment-là c’était un peu innovant parce qu’on n’avait pas de messagerie instantanée. Moi j’avais ajouté plusieurs personnes de ma classe parce qu’à ce moment-là c’était ce qui se faisait généralement, comme Facebook on ajoute plein de gens et pas forcément ceux avec qui on est le plus amis. Et là j’ai commencé à recevoir des messages, clairement ciblés, mais où je ne parlais même pas forcément à ces personnes, qui disaient… Bah déjà qui me faisaient croire que c’était une conversation normale jusqu’au moment où elles me disaient ah lala, telle chose que tu as fait ou que tu aimes, c’est vraiment nul, et encore là je le dis de manière beaucoup plus polie, c’était beaucoup plus violent que ça, et là je me suis dit c’est pas normal de prendre quelqu’un, et même chez lui, dans son intimité, de venir lui parler pour se moquer de cette personne. Et aussi l’autre moment qui m’a pas mal marquée c’est comme je le racontais avant, que j’étais dans la rue et qu’elles ont lancé plein d’insultes que vraiment tout le monde aurait pu entendre, et là je me suis dit ah OK, y’a aucune limite, en fait, le but c’est clairement de me nuire, que je me sente mal, que je m’isole, et elles ont clairement pas peur en fait du regard des gens qui peuvent passer ou quoi.

Mickael : Oui, parce que du coup c’est pas quelque chose qui se faisait en cachette, juste pour te faire du mal à toi dans un coin, c’était quelque chose qui était affiché en public ?

Ael : Oui, c’était clairement assumé. Et c’est vrai qu’à ce niveau-là, je dis que mes harceleuses c’était un petit groupe de filles, mais il faut aussi penser qu’il y avait des témoins, forcément, vu que c’était pas quelque chose de dissimulé, finalement tous les camarades qui avaient pu observer, rigoler, faisaient plus ou moins aussi partie de ce harcèlement, c’est un peu de la non-assistance. Après c’est vrai qu’à ce moment-là on ne sensibilisait pas forcément sur le sujet, il y avait moins de numéros de services à contacter, pas de honte de leur part de faire ça, pour elles c’était totalement normal, et c’était vraiment quelque chose qui prenait sa place au sein du collège, c’était soit on bouffait les autres, soit on se faisait bouffer, et c’était vraiment une sorte de hiérarchie qui s’était mise en place, contre laquelle les professeurs ne faisaient rien.

Mickael : Qu’est-ce que tu ressentais toi, à l’intérieur de toi, quand tu étais confrontée à ces comportements, ces insultes ?

Ael : Alors c’est assez compliqué à dire, de façon précise, parce que c’est un moment qui m’a pas mal traumatisée donc aujourd’hui avec du recul, j’ai pas forcément toute la nuance de sentiments que je devrais avoir, parce que j’ai que des bribes de ce qui s’est passé. En soi quand on vit quelque chose de traumatique c’est pas toujours simple de se souvenir de tout dans les moindres détails, encore plus quand cet événement remonte à plus de dix ans. Mais je dirais que dans l’ensemble ce qui a été le plus dur avec le harcèlement c’est pas forcément la première fois où ça s’est passé, où je ne réalisais pas forcément ce qui se passait, où ça me faisait du mal, mais en même temps j’avais, on va dire une forme d’innocence, où comme une… Bah comme un enfant de onze ans je ne me rendais pas forcément compte de l’impact que ça allait avoir sur moi, mais au fil du temps je réalisais que je m’isolais de plus en plus, que j’avais de plus en plus peur de parler aux autres, et que ce qui finalement était au début quelque chose d’assez sporadique, d’événements qui arrivaient comme ça dans ma vie, c’est devenu quelque chose qui a fait partie de mon histoire et j’ai développé une timidité assez maladive, pas qu’avant j’étais quelqu’un d’extraverti, mais j’avais pas forcément peur de parler devant les autres et là vraiment, j’étais totalement pétrifiée, et ça j’ai vraiment remarqué petit à petit, avec le temps, que ça se représente j’avais de plus en plus peur. Et c’est d’ailleurs aussi une des raisons pour lesquelles, souvent on me demande, et moi aussi je me demande en fait, pourquoi j’ai rien fait, pourquoi à ces moments-là j’ai pas réagi, pourquoi je n’ai pas dit que j’étais pas d’accord, que… Bah c’était pas normal d’insulter des gens comme ça gratuitement ou de se moquer d’eux, mais simplement parce que j’avais peur, j’étais souvent face à un groupe de personnes, et à force que ça arrive, on prend l’habitude, en fait, on essaie juste de fuir.

Mickael : Comment on vit ces quatre années de scolarité quand on est dans ce type de configuration ?

Ael : Alors ça va vraiment encore une fois dépendre des gens comme dépendre du harcèlement. Dans mon cas, je faisais entre guillemets partie des têtes de classe, des gens qui avaient les meilleures notes. Je peux dire que j’ai entre guillemets eu de la chance, parce que ça n’avait pas impacté forcément mes résultats. Mais j’ai quand même remarqué qu’il y a eu entre guillemets un mécanisme de défense, je me suis identifiée à ce que mes agresseuses faisaient, et je me disais d’accord, si je veux passer inaperçue, il faut moi aussi que je me fasse remarquer. Donc peut-être que j’étais un petit peu moins sérieuse, je me disais voilà, si par exemple au collège il y a les mots sur le carnet, c’est un peu le concours de celui qui en a le plus, et moi j’avais jamais eu d’heures de colles de ma vie et je me disais si je fais ça… Je me le disais pas consciemment, mais je me disais si je fais ça je serai peut être acceptée parmi ces personnes, ou en tout cas on me remarquera plus, et même si mes notes ont continué d’être bonne parce que… je pense que voilà, j’avais cette appétence naturellement à apprendre et que j’avais ces facilités-là, d’un autre côté au niveau du comportement c’est vrai que j’ai fait peut être… J’ai peut-être moins été moi-même que si j’avais pas vécu le harcèlement et j’ai essayé d’adopter leur comportement pour passer inaperçue.

Mickael : Est-ce qu’à certains moments justement, dans cette scolarité qui était, ben tumultueuse, dans cette ambiance délétère, est-ce que tu as finalement en question même l’éventuelle continuation de ton parcours, peut être songé à la déscolarisation, ou arrêter finalement d’interagir avec le monde extérieur ?

Ael : Alors c’est quelque chose que j’ai jamais remis en question, parce que pour moi l’école c’était quelque chose où on était obligés d’y aller, c’est un peu si on peut faire un parallèle comme si j’avais une peine, et quand j’aurai dix-huit ans, quand j’aurai mon bac, ça y est, ce sera fini. Alors en soi, je ne me voyais pas ne pas faire des études supérieures, parce que j’avais cette appétence aux cours, qui faisait que j’aimais bien apprendre, que j’aimais bien m’intéresser à des choses, que forcément l’environnement social dans lequel on évolue il joue une part importante, ça on ne peut pas le nier, que mes parents ayant fait des études, forcément, c’est quelque chose qui jouait aussi dans la balance, où je me disais qu’il fallait que je le fasse, et en même temps même si je m’étais identifiée à mes agresseuses quand j’étais surtout en sixième, ensuite avec le temps je me suis construite en opposition, et vu que généralement, enfin je dis généralement parce que le harcèlement il a eu lieu au collège, mais ensuite il s’est poursuivi au début du lycée, et comme c’était bah des personnes qui avaient pas forcément de bons résultats, qui étaient plutôt mal vus par les professeurs, je me disais du coup pour ne plus être avec ces gens-là il fallait que je fasse exactement l’inverse, et poursuivre des études et avoir de l’appétence pour les cours, c’était l’inverse de ce qu’elles étaient. Mais c’est vrai que je n’ai jamais pensé à la déscolarisation alors que clairement j’avais la boule au ventre à chaque fois que j’allais en cours, et c’est pour ça que quand je vois aujourd’hui qu’il y a beaucoup de dispositifs par rapport à la phobie scolaire, par rapport à tout ce vécu finalement du harcèlement, je suis assez contente de voir qu’on prend ça en considération. De mon côté j’ai un petit peu souffert en silence, et j’y allais, je me disais c’est comme ça, il faut y aller tous les jours et tant pis, c’est la vie, c’est un peu comme si c’était un destin fataliste et que j’avais pas d’autre choix, forcément.

Mickael : Tu viens de dire que c’était un peu dans cette période aussi une peine, un fardeau à porter, est-ce qu’il y a une métaphore, une image ou un mot qui te vienne pour qualifier ce que tu as vécu ?

Ael : C’est assez difficile pour moi de répondre à ça, parce que le harcèlement il s’est présenté pour moi sous plusieurs formes, il y a eu le cyberharcèlement, le harcèlement scolaire, il s’est poursuivi un peu au collège, puis au lycée, il y a eu aussi les profs qui ont pris part quand j’étais en seconde au harcèlement… C’est vrai que c’est difficile de représenter le harcèlement en une image ou en un mot. Moi la manière dont je vois aujourd’hui le harcèlement c’est surtout dans les conséquences, donc je dirais l’anxiété. Pour moi l’anxiété c’est ce qui représente pour moi le plus le harcèlement, l’anxiété parce que c’est le sentiment, ce qu’on ressent quand on subit du harcèlement, mais c’est aussi ce qui nous poursuit toute notre vie après, bien sûr même s’il y a des solutions qui existent, mais en tout cas qui va nous poursuivre jusqu’à ce qu’on essaie de travailler dessus. Et cette anxiété elle va se présenter sous plein de façons différentes et notamment l’anxiété sociale, voir la phobie sociale où on aura extrêmement peur des autres, du contact avec les autres, et ça pour moi c’est vraiment ce qui est le plus marquant avec le harcèlement.

Mickael : Pendant cette période justement, au collège, au début du lycée, tu nous disais que c’était réalisé en public, c’était assumé. Comment tu expliques que des personnes aient pu rester immobiles à côté, sans intervenir ? Sans ne jamais rien dire ?

Ael : À mon sens, et même au-delà de mon sens, il y a pas mal d’expériences en psychologie sociale qui l’ont montré, quand il y a notamment en groupe quelque chose qui va se passer, comme par exemple une agression, c’est extrêmement compliqué d’agir parce que déjà on attend que ce soit déjà quelqu’un d’autre qui agisse à notre place, donc déjà il y a un certain délai, et au-delà de ça il y a aussi un peu l’identification, le fait de vouloir faire partie du groupe qui est majoritaire, et dans le cas du harcèlement généralement c’est une ou quelques personnes face à un groupe important. Et encore plus dans le cas de l’école, généralement il y a un peu les personnes qu’on identifie comme populaires. Et dans mon cas c’étaient un peu les personnes qui étaient vues comme populaires, qui avaient… par exemple je ne sai spas les vêtements à la mode, des goûts qui étaient valorisés qui s’en prenaient à moi, et c’était d’autant plus dur parce qu’il fallait se mettre contre des personnes qui étaient appréciées par la majorité du groupe. Et donc tout ça amène à une forme d’inaction. Et puis je pense aussi que même s’il y a des actes qui sont assez marquants, comme les insultes donc je parlais, il y a aussi plein de petites discriminations qu’on ressent quand on les vit, mais qui sont difficilement perceptibles si on fait partie du public qui est autour, et donc on se rend pas forcément compte de ce que ça fait à moins d’avoir soi-même vécu du harcèlement, mais généralement quand on a cet âge-là on en a rarement vécu, et il n’y a que les adultes qui peuvent réagir à ça.

Mickael : Justement les adultes du collège, les surveillants, les enseignants, est-ce qu’ils ont pu aussi être témoins de ces scènes et est-ce qu’eux sont intervenus ?

Ael : Je vais d’abord parler du collège parce qu’au lycée ça a été encore différent, mais au collège, les personnes qui m’ont harcelée faisaient ça de manière assumée, en public, elles étaient pas non plus… Comment dire, totalement inconscientes, elles savaient que si elles m’insultaient en plein milieu d’un cours elles allaient se faire virer et avoir les conséquences qui allaient avec, donc généralement si ça se passait par exemple dans l’établissement, ça allait être un moment de récréation, ou par exemple pendant les activités comme le sport où généralement le professeur n’a pas forcément la possibilité de voir tout ce qu’il se passe dans son cours. C’est vrai qu’au collège je suis entre guillemets sortie à ce moment-là, j’ai pu sortir la tête de l’eau grâce à une professeure, parce que c’est vrai qu’à un moment j’en ai parlé à ma mère, de tout ce qui s’était passé, du harcèlement surtout en ligne, mais aussi en classe, et des personnes qui s’en prenaient à moi. Elle a contacté une professeure, qui était ma professeure de maths, et cette personne a pris à ce moment-là les choses en main, a essayé on va dire de régler le harcèlement, je dis essayé parce que le harcèlement c’est quelque chose de très compliqué à résoudre quand ça prend une part systémique, c’est-à-dire que les personnes harcelées sont un groupe important et que même si on entre guillemets éliminent les personnes qui étaient à la source du problème, il y en a d’autres qui se créent, et ainsi de suite, donc c’est beaucoup plus compliqué que ça. Mais ce qui a été bien de sa part c’est qu’elle est allée confronter les deux personnes dont j’avais parlées, ce qui était peut être un peu moins bien, mais qui a son sens, je pense que pour elle cétait une bonne chose, c’est qu’elle a confronté ces deux personnes face à moi et que j’ai du expliquer face à elle le pourquoi du comment je les avais entre guillemets dénoncées, ça ça a été assez dur, mais en soi ça a quand même permis après que ces deux personnes là me laissent tranquille. C’est vrai que le harcèlement a quand même continué parce qu’il y avait tout leur groupe d’ami.es, il y avait toutes les personnes qui avaient observé ça, il y a la réputation aussi qui se crée après un harcèlement, et même si je n’ai pas eu de véritables représailles de ce que j’avais fait je sais que j’avais une étiquette qui était collée à moi jusqu’à la fin du collège. Et maintenant pour parler du lycée, là ça c’est surtout passé en seconde et c’était très différent parce qu’à ce moment-là je vivais une situation qui était à ce moment-là assez compliquée, donc j’ai pas du tout parlé de ce que je vivais à ma famille, et du côté de l’école j’avais certains professeurs qui voyaient que visiblement je devais être un peu plus à l’écart, je ne sais pas ce qu’ils ont pensé, mais ce qui s’est passé c’est qu’en plein milieu d’un cours ils m’ont quelques fois dit des remarques qui à mon sens ne se faisaient pas, comme par exemple un professeur, c’était mon professeur de français qui m’avait dit ah, je trouve que tu n’as aucune prestance ! et il m’avait sorti ça en plein cours et dans le sens où il me disait voilà, j’aimerais que tu sois un peu plus active, je trouve que tu t’effaces un petit peu trop, on te remarque à peine… Et là manière dont il l’avait dit, surtout le « tu n’as aucune prestance » était super violent quand on savait derrière qu’il y avait encore tout un groupe de filles qui n’étaient plus les mêmes qu’au collège, mais qui avaient le même profil qui s’en prenaient à moi, et donc s’il y avait un adulte derrière qui validait ça… C’était encore plus compliqué d’aller chercher de l’aide après.

Mickael : Et si tu avais été dans des dispositions favorables à aller chercher de l’aide, est-ce que finalement tu penses que tu en aurais trouvées ? Est-ce qu’il y avait beaucoup de ressources à l’époque qui existaient ? Tu en as parlé tout à l’heure, aujourd’hui il y a pas mal de ressources qui circulent parce qu’on sait que le sujet est important, on en parle de plus en plus. Mais finalement il y a une dizaine d’années on n’en parlait pas tant que ça. Est-ce que tu penses que le soutien que tu aurais pu aller chercher tu l’aurais trouvé ?

Ael : C’est dur à dire, je pense que… Ce qui est compliqué, pour aller, en tout cas dans la situation que je vivais, surtout à une certaine période c’est-à-dire la fin du collège, début du lycée, c’est qu’il faut être entouré des bonnes personnes pour pouvoir se lancer, pour pouvoir en parler. Il faut aussi que ça soit quelque chose de banalisé, le fait d’en parler, je pense aux interventions en classe, au fait que certains professeurs prennent la parole sur le sujet, et à ce moment-là ce n’était pas du tout le cas ! Je me souviens de toute ma scolarité, je n’ai pas eu une fois où on a parlé en classe du harcèlement. On a eu des interventions sur plein de choses différentes, je me souviens par exemple utiliser internet ou les réseaux sociaux, qui était quelque chose de beaucoup plus récent, qui en soit était important aussi, mais on nous parlait pas du tout par exemple du cyber harcèlement qu’on pouvait avoir sur les réseaux. Ça concernait comment éviter par exemple de se faire pirater, ou des choses qui en soit sont aussi utiles, mais on n’a jamais rien eu sur le harcèlement alors que c’était quelque chose d’assez commun. Mais encore une fois je pense que pour chercher de l’aide il faut être bien entouré. Moi je sais que ma famille m’a pas mal aidée quand c’était en sixième, maintenant si on a une situation familiale compliquée comme c’était mon cas après et comme c’est le cas d’énormément de jeunes, c’est sûr que ça complique la chose et c’est pour ça que je parle notamment du fait qu’à l’école il y a des organismes publics qui prennent ça en charge, parce que si on est seuls amicalement et on est seuls familialement, c’est extrêmement compliqué de se dire qu’il y a des personnes qui peuvent nous aider si ce n’est pas quelque chose dont on a entendu parler avant.

Mickael : Est-ce qu’à un moment tu as envisagé d’avoir recours à la solution pénale, finalement, d’aller déposer plainte et d’entamer peut être une procédure judiciaire ?

Ael : Alors je n’y ai jamais pensé. Après coup, je n’y ai pas pensé non plus parce que comme beaucoup de victimes, il y a le fait de se replonger là-dedans, il y a le fait aussi d’avoir des preuves, alors c’est vrai qu’en sixième les preuves elles étaient faciles à avoir, grâce à MSN, grâce aux messages qu’on s’était envoyés c’était facile de les retrouver. Maintenant, tout ce qui s’était passé après, l’intimidation en classe, les insultes dans la rue, c’était très compliqué de justifier ça, moi j’avoue qu’à l’époque je n’y pensais même pas, en fait, à aucun moment je me suis dit que le harcèlement c’était punissable par la loi. Je pense qu’au fond de moi je le savais, mais il y a aussi le fait de se dire non, mais mon cas il est pas, il est pas assez grave pour ça, voilà, c’est pas quelque chose qu’on va prendre au sérieux, c’est des histoires de collégiens, et c’est ce que les adultes peuvent dire, c’est non, mais c’est des histoires d’enfants, ça arrive, c’est normal le collège de s’insulter, de se charrier, c’est pas grave. Et je pense qu’un petit peu, toute cette intimidation fait qu’à aucun moment je me suis dit je vais aller porter ça, et c’est vrai qu’encore une fois, le fait d’avoir les parents, le fait d’avoir un adulte, parce que si on n’a pas dix-huit ans, sans représentant légal c’est difficile d’aller porter plainte, et si derrière on n’a pas des parents qui prennent la chose à cœur et qui vont d’eux-mêmes porter plainte et faire toutes les démarches, en étant seul face à ça, parce qu’on n’en parle pas ou parce qu’on n’a pas forcément assez confiance pour en parler, c’est très compliqué d’aller porter plainte, et dans mon cas du coup je n’y ai même pas pensé.

Mickael : On est vraiment face à une violence qui finalement est totalement banalisée, et qui n’est même pas circonscrite au moment où tu te fais harceler, parce que tu l’as dit, il y a la réputation qui te suit aussi, donc forcément il y a des conséquences aussi à long terme qui se développent, tu parlais tout à l’heure de l’anxiété. Tu peux nous en dire justement un peu plus sur comment, comment est apparu ce sentiment en toi, comment il s’est manifesté, et comment tu l’as ressenti ?

Ael : Alors, l’anxiété c’est une longue histoire ! Tout d’abord j’appelais pas ça de l’anxiété, j’appelais ça de la timidité, on disait de moi, et je disais de moi-même d’ailleurs, que j’étais très timide, que ça faisait un peu partie de ma personnalité ! Et je me rendais pas compte en fait que le fait d’avoir extrêmement peur, mais au point vraiment de faire une crise d’angoisse, chose d’ailleurs à l’époque dont je ne savais pas que ça s’appelait une crise d’angoisse, ce n’était pas normal, en fait, d’avoir cette peur-là, d’être tellement angoissée au contact des autres qu’on essaie juste de les fuir, et de s’isoler. Et que c’est vraiment un vrai cercle vicieux et moi je me disais non, mais ça fait juste partie de ma personnalité, voilà, je suis quelqu’un comme ça. Et finalement en évoluant avec le temps et surtout en sortant du harcèlement, j’ai remarqué qu’en fait non ! Ce n’était pas ma nature du base, et surtout en me renseignant, en grandissant et en commençant aussi une thérapie je me suis dit c’est une réaction que j’ai par rapport à ça, c’est une réaction de défense, je faisais ça pour me protéger, parce qu’en voyant que le contact avec les autres était aussi négatif et aussi violent je voulais juste rester seule. Et ça faisait que par exemple pour les présentations en classe, les travaux de groupe, etc., j’étais extrêmement tétanisée, j’étais toujours dans mon coin, et finalement l’étiquette de la fille timide, c’était un petit peu aussi un moyen de réaliser, de me dire non, mais ça fait juste partie de moi, le harcèlement, ça m’a rien fait ! Aujourd’hui, dix ans après, l’anxiété fait toujours partie de ma vie même si l’anxiété va souvent avec la dépression, et la dépression, à l’époque, j’avais des périodes dépressives, encore une fois c’est quelque chose d’extrêmement banalisé pendant l’adolescence, on dit c’est normal d’avoir des moments comme ça où on déprime, mais voilà, l’intensité était quand même assez importante, et ça pareil je me rendais pas compte, je me disais c’est pas grave, c’est normal, c’est normal que j’ai des comportements à risque de façon très importante, alors que non, ce n’est pas normal de se sentir aussi mal et d’avoir presque envie d’en finir, mais à ce moment-là… J’avais un petit peu intériorisé ça, et même si aujourd’hui l’anxiété fait toujours partie de ma vie, je m’en rends compte, j’ai réalisé que c’était quelque chose que j’ai aussi développé pour me défendre, que avant le harcèlement, quand j’étais vraiment plus jeune, c’était pas ma personnalité, qu’elle s’est forgée autour de ça. Maintenant ce qui est dur, c’est que l’adolescence, c’est aussi une période où on se construit beaucoup, et quand on s’est construit dans la peur des autres, dans une anxiété qui fait partie de nous et qui fait qu’on a potentiellement une phobie sociale, une phobie des autres et qu’on a tendance à s’enfermer sur soi, maintenant la question c’est comment on arrive à s’en sortir, et ça… c’est pas facile ! Moi je sais que la thérapie ça m’aide beaucoup, et encore c’est pas gagné parce qu’on passe autant d’années comme ça, maintenant il faut autant d’années, voire beaucoup plus pour réussir à se reconstruire.

Mickael : Et cette thérapie que tu suis consiste en quoi, concrètement, c’est quoi les outils pour se reconstruire ?

Ael : Alors pour se reconstruire c’est euh, c’est extrêmement compliqué, c’est un process assez long et souvent qui nécessite une pluridisciplinarité d’un point de vue des professionnels. Moi ça a commencé en voyant d’abord une psychologue, donc en faisant une thérapie, ce qu’on appelle psychodynamique où voilà, je raconte un peu ma vie, mon vécu, mon histoire, où je parlais du harcèlement, mais je parlais aussi de tout ce que j’ai vécu et notamment des traumatismes. Ça c’est une thérapie que j’ai suivie pendant un an et demi où j’ai un peu vidé mon sac et j’ai fait des associations en fait entre des choses que j’avais vécues, que j’avais pas forcément réalisées parce que voilà, on suit notre vie et on ne prend pas forcément des moments pour y réfléchir ! Et à côté de ça, vu que j’ai eu un épisode dépressif assez sévère pendant cette période, donc c’était la période en 2020 après le confinement et qui s’est poursuivi pendant toute l’année qui a suivi, j’ai vu aussi un psychiatre et j’ai eu des antidépresseurs, les antidépresseurs du coup qui étaient à la fois pour la dépression, mais qui étaient aussi assez efficaces pour l’anxiété de fond que j’avais, l’un se lie à l’autre. J’ai une phobie sociale, donc je m’isole, donc je vois personne, mais en même temps j’ai envie de voir des gens, donc comment faire, et on commence à déprimer, et en plus le harcèlement ça baisse vraiment notre estime de nous-même donc pareil c’est quelque chose qui joue beaucoup sur l’anxiété et sur la dépression. Donc j’ai eu ce traitement de fond et cette thérapie pendant un an et demi. Et puis à ce moment-là, je me disais voilà, ça commence à aller mieux, tout va mieux, je me disais c’était une réaction au confinement et ça va mieux ! Et c’est à ce moment-là où je me suis dit non, en fait, c’est pas juste une réaction au confinement, c’est quelque chose qui fait partie de ta vie, que ce soit le harcèlement ou autre chose que j’ai pu vivre en parallèle de tout ça, et il faut vraiment travailler dessus et que tu prennes le temps. Et donc là ce que j’ai fait c’est que j’ai commencé de l’EMDR, qui est une technique qui est recommandée quand on a vécu des traumatismes parce que ça permet en fait de retravailler sur ces moments et de pouvoir les intégrer, les accepter, donc là c’est une thérapie que j’ai commencée assez récemment, donc pour le moment j’attends de voir un petit peu ce que ça donne, et à côté j’ai aussi repris un suivi avec une psychiatre, parce que j’estimais que pour moi c’était important, que la notion notamment du diagnostic, de pouvoir en fait voir les conséquences, parce que le harcèlement ça a énormément de conséquences, je parlais de l’anxiété, il y a la dépression, il y a aussi tout ce qui est troubles de la personnalité parce que comme je disais on se forge autour de tout ce qu’on a pu vivre et forcément, ça ne crée pas forcément des choses saines, on a des mécanismes qui vont être assez malsains même envers nous-mêmes, et c’est pour ça que j’ai recommencé un suivi psychiatrique, à la fois pour cette question-là pour ce qui est analyser tout ça, et des traitements de fonds parce que c’est extrêmement compliqué de vivre au quotidien quand on a de l’anxiété et quand on a des épisodes dépressifs. Maintenant c’est vrai que la thérapie, ça fait vraiment le gros du travail, de pouvoir en parler, de pouvoir mettre des mots dessus, et de pouvoir faire des liens, mais aussi de pouvoir déconstruire ces liens et penser différemment, ça c’est vraiment le plus dur avec le harcèlement c’est l’estime de soi. Moi je sais que c’est vraiment le plus gros des problèmes que j’ai eus et que j’ai encore suite au harcèlement, c’est mon estime de moi-même qui est vraiment anormale, on peut dire extrêmement, extrêmement basse, l’autodévalorisation est constante parce qu’on a pris l’habitude en fait d’entendre les gens nous dire qu’on valait rien, qu’on était moins que rien. Et avec le temps on fini par intérioriser et maintenant il faut déconstruire ça, et réaliser que ça ce n’est que des pensées, c’est-ce que nos harceleurs pouvaient nous dire, mais que ce n’est pas comme ça qu’on se définit, et qu’on est, et qu’on peut encore évoluer.

Mickael : Tu en as parlé brièvement, quelles sont concrètement les conséquences aujourd’hui de cette période sur ta vie quotidienne ?

Ael : Elles sont multiples ! Et en même temps ce qui est assez dur c’est de les cibler précisément parce qu’il y a beaucoup de choses qui s’ajoutent, et il y a un peu tout ça qui s’entremêle, finalement, c’est un peu comme toutes les personnes qui ont vécu, bah on a tous vécu plusieurs événements dans nos vies qui nous construisent petit à petit, et de mon côté ça a été le harcèlement, ça a été d’autres choses, qui toutes ensemble sont venues bah créer une profonde anxiété, peur des autres qui est assez dure à vivre au quotidien parce que je me remets tout le temps en question. En fait c’est comme si, ce que j’aime bien, l’appeler le inner saboteur, c’est un peu comme si j’avais une petite voix qui me dit ce que tu dis, c’est nul, ce que tu fais, c’est nul, tu ne seras jamais rien, tu n’arriveras jamais à rien, et du coup ça me pousse à être très dure avec moi-même, vraiment, je suis ma pire autocritique. C’est vrai que ce n’est pas facile de vivre en se disant que tout ce qu’on fait ça ne sera jamais assez bien. Et en même temps les conséquences elles sont à la fois internes, on est beaucoup plus sensibles par exemple du point de vue des réseaux sociaux, quand on voit des personnes qui, par exemple dans mon cas en publiant du contenu, qui peuvent venir à plusieurs dire bah ça c’est pas bien, qui font un peu ce qu’on peut appeler du cyberharcèlement, c’est assez dur parce que ça peut ramener aussi à cette période et nous remettre un petit peu dans ces angoisses qu’on a vécues. Pareil je pense aussi à des situations qui peuvent rappeler en fait la période du harcèlement, dans mon cas par exemple je travaille quelques heures par semaine dans un collège et c’est vrai que quand j’ai pris cette décision de travailler dans un collège la première question ça a été est-ce que je vais y arriver ? Parce que c’est un petit peu l’endroit dans lequel j’ai commencé à vivre ces traumatismes de harcèlement, même si c’était pas le même collège, heureusement, et en tout cas je pense que je n’aurais pas pu travailler dans le même collège où ce que j’ai vécu est arrivé, mais c’était assez dur, mais ça permet aussi de petit à petit travailler dessus en y allant quand même, mais c’est se dire que je vois des groupes d’adolescents rigoler entre eux et forcément j’ai cette pensée dans ma tête de me dire ah, est-ce qu’ils ne rigolent pas de moi ? Est-ce que ce n’est pas de moi qu’ils se moquent ? Et c’est vrai que ça crée des automatismes où de soi-même on va générer l’anxiété, on va l’entretenir, on va s’autodévaloriser, ça va amener de la dépression et c’est vraiment un cercle vicieux qui va se passer dans ce qu’on vit, et où on est au quotidien, en fonction de là où on travaille, les personnes qu’on fréquente, etc.

Mickael : Ces personnes qui t’ont harcelée pendant plusieurs années, est-ce qu’aujourd’hui tu sais ce qu’elles deviennent, et finalement si tu devais les croiser dans la rue ça te ferait quoi ?

Ael : Alors pour les personnes qui m’ont harcelée, aujourd’hui, je ne sais pas ce que la plupart sont devenues, je dis la plupart, mais en fait la totalité puisque là où j’étais au collège et là où j’étais au lycée je n’y vis plus, donc il y a très peu de chances que je les croise. Maintenant, si je les croisais dans la rue, je pense que je serais prise un petit peu d’une certaine panique de les voir, parce que forcément ça fait quelque chose de retomber sur son agresseur des années après ! Je pense que le réflexe que j’aurai ça serait de les ignorer, j’aurais pas forcément envie d’aller les confronter parce que je pense en fait que tout simplement ça servirait pas à grand-chose, dans la mesure où pour moi le harcèlement c’est quelque chose de systémique, dans la mesure où les personnes harceleuses sont souvent victimes ailleurs, et les agresser dans la rue ça reviendrait à faire ce que elles elles m’ont fait quinze ans plus tôt, et en même temps je ne viendrais pas non plus leur parler pour leur dire que je leur pardonne, etc., parce que c’est faux ! Je leur pardonne pas, pour moi c’est impardonnable et personnellement je pense qu’on n’a pas besoin forcément de pardonner pour aller mieux, parce que pardonner ça veut dire, à mon sens en tout cas, accepter que l’acte est quelque chose d’acceptable et de pardonnable, et j’ai pas envie de banaliser ça, donc je pense que tout simplement je passerai à côté, puis si elles me reconnaissent tant mieux, je leur dirais bah écoute bon vent, et j’espère que tu as une bonne continuation quoi qu’il arrive, mais moi je partirai de mon côté et je ne chercherai pas à aller plus loin.

Mickael : Si tu pouvais voyager dix ans en arrière, qu’est-ce que tu te dirais, à ton toi d’alors ?

Ael : Je me dirais déjà que t’es pas seule, tu as des personnes autour de toi même si tu crois que t’es isolée, que personne pense à toi, c’est faux, il y a plein de personnes autour de toi qui peuvent t’écouter, qui peuvent parler. Et c’est pas parce qu’elles sont en groupe qu’elles ont le pouvoir, qu’elles ont raison aussi, que ce que tu fais c’est quelque chose de mauvais, et c’est pas parce qu’aujourd’hui ce qu’elles disent c’est quelque chose de bien vu par les autres… que dans les années d’après ça sera bien, et que tu pourras quand même te faire des amis et avoir des gens qui t’aiment et qui pensent à toi, et c’est pas parce qu’elles s’en prennent à toi que ça veut dire que t’as fait quelque chose de mal, c’est juste qu’elles ont besoin de faire du mal à quelqu’un et que ça aurait pu être toi comme n’importe qui. Voilà ce que je me dirais du coup.

Mickael : Comme tu le dis on est rarement seul, quasiment jamais finalement, il y a des ressources qui existent. Souvent, on ne les connait pas, parce qu’on n’en parle pas beaucoup, mais de nos jours on a certes des réseaux sociaux qui peuvent être néfastes, mais qui ont aussi des aspects positifs, qui peuvent permettre de communiquer certaines informations, qui peuvent parfois sauver des vies aussi. Aujourd’hui tu l’as dit, tu travailles dans un collège, quelque chose que tu n’as pas dit encore c’est ce que tu fais aussi à côté, parce que c’est une petite partie de tes activités. Est-ce que tu peux nous dire aussi ce que tu fais, finalement, les autres jours ?

Ael : Oui, alors le lundi je suis AESH, et les autres jours de la semaine je suis étudiante en psychologie, en licence à l’université de Paris Cité, et mon but du coup ce serait, je l’espère, un jour de devenir psychologue. Parce que du coup j’ai fait une réorientation, justement, par rapport à la période compliquée de confinement dont je parlais auparavant. Et encore à côté, donc le week-end et le soir, je crée du contenu pour les réseaux sociaux pour un compte que je tiens avec mon copain, qui s’appelle Culture Psy, où en fait on sensibilise sur les sujets de santé mentale. On parle de tous les sujets qui peuvent concerner, et notamment du harcèlement et des conséquences, comme la dépression, l’anxiété, on essaie d’expliquer quelles sont les pathologies mentales, en quoi consistent tous ces troubles, et en même temps comment on peut en sortir, vers qui on peut se tourner, on essaie aussi de parler de tous les numéros, toutes les associations qui existent pour pouvoir venir en aide aux jeunes.

Mickael : Pourquoi ça vous a paru important justement de créer ce genre de contenus ?

Ael : Alors on a toujours eu une appétence pour les réseaux sociaux, on a toujours aimé partager de l’info, et maintenant pourquoi sensibiliser sur la santé mentale ? A la fois parce que de mon côté la psycho c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup, à la fois parce que Charly, mon copain, est psychologue donc c’est quelque chose qu’il connait également très bien. Et aussi le fait de pouvoir parler de choses qui nous tiennent à cœur et qui peuvent aussi nous concerner, comme ce dont j’ai parlé, la dépression, l’anxiété, c’est quelque chose que je vis aussi au quotidien au-delà de connaitre la théorie, donc en même temps c’est pouvoir parler aux gens de tout ce qui existe, tout ce qui est à leur disposition à la fois pour aller mieux, mais aussi pouvoir toucher des personnes qui n’ont jamais entendu parler de santé mentale, qui ont peut-être plein d’idées reçues, qui ont peut-être même peur de la maladie mentale, et finalement leur montrer que c’est quelque chose comme n’importe quelle maladie, comme n’importe quel trouble, on en souffre, on a des moyens d’aller mieux, des moyens de se faire aider, et c’est pas des personnes plus différentes que d’autres.

Mickael : Quel genre de retours vous pouvez avoir parfois de spectateurs, d’auditeurs – je sais pas comment on dit…

Ael : Alors dans les retours on a plein de retours super positifs, et ça c’est vraiment très touchant de voir qu’il y a plein de personnes qui à la fois sont concernées, nous remercient, bah d’en parler, de pouvoir communiquer là-dessus. À la fois des retours de professionnels de santé mentale qui sont contents de voir un compte qui va parler parfois de théorie et de choses un peu plus compliquées à expliquer, à vulgariser. Et en même temps, parfois, on peut aussi avoir des retours extrêmement violents. C’est vrai que des fois il faut être bien accrochés sur les réseaux sociaux parce que les gens disent clairement ce qu’ils pensent, il n’y a pas de filtre, il n’y a pas de barrière. C’est vrai que dans mon cas avec l’histoire du harcèlement que j’ai vécu ça peut être parfois un petit peu compliqué de voir certains messages, et en même temps, avec le temps ça m’a aussi forgé une certaine carapace entre guillemets où j’arrive aussi à prendre la distance, que je sais ce que ça fait, je sais ce que c’est, immédiatement j’identifie comme c’est du harcèlement, il faut que ça s’arrête, et immédiatement on recadre, on met des limites, et on peut bloquer, et c’est vrai que ça c’est l’avantage des réseaux sociaux aussi c’est que contrairement à la vie réelle on peut bloquer, on peut garder une communauté avec des personnes au maximum bienveillantes même si bien sûr c’est internet, c’est ouvert à tous, et on prend parfois des remarques qui peuvent nous toucher personnellement, peuvent toucher les sujets dont on parle qui sont des sujets extrêmement délicats, la santé mentale il y a énormément de psychophobie et de haine des personnes atteintes de trouble psy, et parfois même des commentaires qui n’ont rien à voir, mais juste le but d’atteindre. Et ça, c’est vrai qu’avec le temps ça nous atteint pas trop et on arrive à mettre des barrières, mais ça peut être extrêmement compliqué pour certaines personnes donc il faut vraiment, avant de se lancer sur les réseaux sociaux, prendre des distances et savoir à quoi on peut s’attendre !

Mickael : Il me reste à te remercier Ael, d’avoir partagé avec nous cette période de ta vie, comme tu la vis et la ressens encore aujourd’hui ! On va passer maintenant justement à ton copain Charly, qui va nous donner son point de vue de psychologue sur ce sujet. Bonjour Charly !

Charly : Bonjour !

Mickael : Merci d’avoir accepté de participer à cet épisode également !

Charly : Merci pour l’invitation.

Mickael : Donc comme Ael l’a dit, tu es psychologue, tu travailles aussi auprès des jeunes et tu es aussi exposé à cette problématique du harcèlement scolaire. Est-ce que tu peux nous en parler un peu, dans le cadre de ton activité professionnelle, comment est-ce que ça peut se présenter en consultation, est-ce que c’est fréquent ? Est-ce que les situations sont très diverses, ou on retrouve toujours à peu près les mêmes schémas ?

Charly : Donc moi je suis psychologue en point accueil écoute jeune, donc je reçois des jeunes de onze à vingt-cinq ans, je peux faire du soutien psychologique que ce dans les locaux de l’association, on est une vingtaine de maisons des ados, ou directement dans des établissements scolaires. Mais je fais aussi des actions d’intervention en milieu scolaire autour de grandes thématiques comme la prévention des addictions, la prévention du harcèlement, la prévention du sexisme, etc., etc. Donc c’est vrai que le harcèlement je le côtoie de manière un petit peu transverse. La plupart des jeunes qu’on reçoit c’est des jeunes en grande partie qui ont vécu ou vivent du harcèlement. Pour nous, en tant que psychologue, ça va vraiment être ce qu’on appelle un facteur de risque, parce que comme tu disais Ael c’est des événements qui vont venir potentialiser un mal-être, qui vont venir créer des vulnérabilités, que ce soit dans les émotions, dans les pensées, dans l’estime de soi, que ce soit en termes de troubles anxieux, troubles dépressifs, que ce soit aussi des idées suicidaires, des tentatives de suicide, voilà. C’est, c’est vraiment un phénomène qui est complexe, je dirais, dans le sens où c’est aussi un phénomène qui est très lié, groupal, c’est pas juste des agresseurs c’est vraiment des personnes qui, dans un phénomène de groupe, vont se mettre à cette place-là et vont lancer toute une dynamique groupale de personnes qui vont potentiellement faire du mal à une personne cible. Et c’est une dynamique qui va aussi tourner, tu parlais aussi des harceleurs qui peuvent devenir victime, ou qui peuvent devenir témoins aussi, et en fait on se rend compte que c’est beaucoup plus fréquent que ce qu’on pense. Systématiquement en entretien moi je pose la question et effectivement je peux voir que, ben, c’est un phénomène qui va venir vraiment générer une souffrance énorme chez les jeunes. Ça montre bien aussi que c’est un phénomène qui est assez banalisé, et qui est extrêmement hermétique au milieu professionnel ou de l’éducation nationale, c’est vraiment des choses qui se font de manière très insidieuse, cachées du regard des adultes. Et vraiment le fait d’en parler avec les jeunes, je trouve ça vraiment très intéressant aussi sur un format de prévention, parce que je pense que beaucoup de jeunes ne se rendent pas compte des conséquences qu’il peut y avoir derrière et la littérature scientifique le prouve d’ailleurs à ce sujet.

Mickael : Ael nous parlait de sa situation qui s’est passée il y a une dizaine d’années, aujourd’hui il y a les réseaux sociaux qui ont explosé, donc on est confrontés aussi beaucoup plus qu’à l’époque au cyberharcèlement. Est-ce que c’est aussi des choses que tu vois beaucoup plus dans ta pratique ?

Charly : Oui. Complètement. Je dirais que c’est ça qui a énormément évolué, je pense qu’il y a dix, quinze ans on n’était pas du tout dans la même configuration du point de vue numérique qu’on est actuellement. À l’heure actuelle on ne parle plus trop de harcèlement scolaire, parce qu’en fait on se rend compte qu’avec les réseaux ça prend une tournure qui est beaucoup plus globale en fait, et on parle de harcèlement en général, dans le sens où si je remonte à une dizaine d’années, avant le harcèlement était centré sur l’école, on allait à l’école, c’est là où on pouvait en avoir, et puis on rentrait chez soi et théoriquement, on n’en entendait plus trop parler. Alors que maintenant avec les réseaux, il n’y a plus de limite, c’est-à-dire qu’on rentre chez soi, et ça continue, ça continue et ça s’amplifie. Les réseaux sociaux, comme vous disiez tout à l’heure c’est un outil qui est vraiment extrêmement puissant, et en fait c’est pas un outil qui est soit bon, soit mauvais, ça dépend comment on l’utilise. Mais en tout cas ça vient démultiplier les phénomènes, notamment sociaux, et par rapport au harcèlement ça vient complètement les catalyser c’est-à-dire qu’en fait il se passe énormément plus de choses qu’avant par rapport à cette ultra connectivité, moi je vois par exemple dans, les jeunes que je reçois au travail, effectivement d’une séance à l’autre il peut se passer énormément de choses, il y a des phénomènes qui se passent à l’école qui se reproduisent sur les réseaux, par exemple je pense à des groupes Whatsapp entre jeunes qui ont pour but uniquement de dénigrer certaines personnes ou des groupes classes où l’on peut retrouver aussi du rejet, de l’exclusion sociale, etc., voilà, effectivement c’est le genre de choses qui sont davantage à risque à l’heure actuelle. Tu parlais aussi tout à l’heure Ael des rumeurs, je trouve que maintenant avec les réseaux sociaux les rumeurs sont aussi démultipliées, il y a tout ce qui est de l’ordre des rumeurs ou des images par exemple à caractère dénudé ou quoi qu’on va pouvoir retrouver, tout ce qu’on appelle sextorsion etc., ou par exemple une personne va envoyer des photos d’elle à une autre personne et c’est des nudes qui vont tourner, etc., donc voilà, tout ça c’est des choses qu’on voyait peut être moins il y a quelques dizaines d’années et qui aujourd’hui sont beaucoup plus puissantes parce que potentialisées par les réseaux sociaux. C’est pas des phénomènes nouveaux, je dirais, dans le sens où le harcèlement ça a toujours existé et d’ailleurs on parle de harcèlement scolaire, mais le harcèlement dans la vie de tous les jours ou le harcèlement au travail ça existe également, mais je dirais que les réseaux sont venus démultiplier la puissance, l’intensité, et surtout le fait qu’il n’y ait plus de barrière, plus de limite. Et ça, d’un point de vue psychologique, ça fait qu’on est constamment en alerte. Je trouve que la prévention du harcèlement a fait beaucoup de progrès, moi je sais que quand j’étais au collège, lycée, par exemple on en parlait pas du tout ! J’ai vu du harcèlement, j’ai été témoin de harcèlement, j’ai même pu en vivre dans une moindre mesure, mais, mais en fait on n’en parlait pas et on entendait jamais parler, moi par exemple j’ai du avoir une action de prévention dans toute ma scolarité, ce qui est quand même très peu. Donc il y a quand même eu des évolutions. Pareil on pourrait parler également aussi de tout ce qui est en train de se passer au niveau de l’éducation nationale avec le nouveau programme de lutte contre le harcèlement à l’école, qui s’appelle Phare. Le développement de ce qui s’appelle la méthode de préoccupation partagée, la méthode Pikas, il y a quand même beaucoup de choses qui bougent et c’est quand même une bonne chose, ça mérite d’être souligné, par contre effectivement moi ce que je peux remarquer c’est qu’il manque beaucoup de ressources, notamment au niveau de l’éducation nationale que ce soit en termes de personnel formé ou uniquement dédié à ça, par rapport à d’autres systèmes éducatifs dans le monde, ce qui pourrait manquer aussi c’est davantage de temps de prévention ! Avec par exemple, c’est un petit peu idéaliste ce que je dis, mais des heures de prévention toutes les deux semaines en classe où le but ça va être de travailler notamment sur les compétences psychosociales des jeunes, parce qu’on sait que ça a vraiment une incidence sur les comportements. Mais la prévention la plus efficace à l’heure actuelle c’est la prévention répétée dans le temps avec des séances longues, et pas de la prévention en one shot, je dirais, mais ça il faut faire bouger tout le système éducatif français, et c’est pas évident, et ça varie beaucoup d’un établissement à un autre aussi.

Mickael : Récemment dans l’actualité on a entendu parler du jeune Lucas qui a mis fin à ses jours sur fond justement de harcèlement scolaire à caractère homophobe, notamment. Est-ce que ces pensées suicidaires sont fréquentes dans les consultations que tu peux avoir ?

Charly : Oui. C’est assez fréquent effectivement. Moi quand je vois des jeunes qui parlent de harcèlement ou qui parlent de discriminations ou d’injures, que ce soit à différents caractères, systématiquement… Dans tous les cas systématiquement en entretien je pose la question des idées suicidaires, mais effectivement quand il y a du harcèlement moi ce que je constate c’est qu’effectivement il y a plus de syndromes dépressifs, de risques d’idées suicidaires et potentiellement de tentatives de suicide, voire de suicides. Ce qui est… Ce que je veux dire par rapport à ça aussi, c’est que le harcèlement, comme disait Ael, il trouvera toujours un prétexte. Que ce soit la taille, que ce soit le poids, que ce soit l’orientation sexuelle, que ce soit la couleur de peau, que ce soit la manière de se comporter en société, il y aura toujours un prétexte, on peut toujours trouver un prétexte, et en fait c’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher c’est aussi du côté de la norme sociale qui a… Les personnes différentes, les plu stigmatisées, vont être plus à risque par rapport au harcèlement et c’est ces personnes-là aussi à qui du coup il faut vraiment faire attention. Ne pas être non plus dans une logique totalement injonctive où on punirait les harceleurs parce qu’on sait que c’est pas… C’est plus compliqué que ça, et que c’est pas comme ça qu’on va réussir à faire bouger les choses de manière systémique, mais c’est vraiment important de prendre en compte aussi le côté très social, et de jouer là-dessus, bah c’est justement là-dessus que joue la méthode Pikas pour venir transformer petit à petit les relations groupales et venir faire comprendre aux élèves qu’on est tous différents, et que c’est pas la bonne manière d’exprimer ça.

Mickael : Comme on vient d’en parler je me permets d’ajouter justement le numéro 3114, la ligne de prévention du suicide, et le 15 aussi en cas d’urgence. Est-ce que tu peux nous donner aussi les numéros que peuvent contacter celles et ceux qui nous écoutent, qui seraient victimes justement de harcèlement et de cyberharcèlement ?

Charly : Oui, tout à fait ! Donc il y le 3020 qui est un numéro vert pour toutes les personnes victimes de harcèlement à l’école, ou qui sont témoins de harcèlement scolaire. Il y a aussi le 3018 pour tout ce qui est cyberharcèlement. Et enfin en termes de ressources, je voudrais dire aussi que c’est important d’en parler, même si c’est pas facile, s’il y a de la pression sociale sur soi, c’est important d’en parler à des adultes de confiance, que ce soit la famille si elle est suffisamment contenante, que ce soit à l’école s’il y a des professionnels avec qui vous vous sentez plus à l’aise. N’oublions pas aussi les psychologues scolaires. Ils sont le plus souvent dans des établissements publics, mais aussi dans les privés, dans une moindre mesure. Et aussi toutes les structures associatives, que ce soient les points accueil et écoute jeune, que ce soit les Fils santé jeune, toutes les associations qui œuvrent contre le harcèlement de quelque nature que ce soit. C’est important d’être soutenu et de se sentir compris ou comprise. Et voilà, ne pas hésiter à utiliser ces ressources-là aussi.

Mickael : Merci Charly !

Charly : Merci à toi !

Harcèlement scolaire